Un mois politiquement incorrect

La Biennale internationale du "Mois de la Photo 2002" réussit un tour de force inattendu: au moment où l'on craint que le phénomène de la mondialisation risque d'imposer un peu partout un regard esthétiquement correct, cette manifestation répond par un vigoureux acte de foi au nom de la diversité culturelle.

Du coup ce "Mois de la Photo 2002" abolit les frontières, casse les tabous et installe - au travers de ses thématiques - un dialogue universel des images qui nous apprend à découvrir l'Autre, à partager sa réalité quotidienne ou encore ses passions ou ses fantasmes.
Ce miracle - il faut en convenir - on le doit au supplément d'âme et d'imaginaire que nous offrent les femmes, qu'elles soient artistes ou qu'elles participent à la sélection.

Qu'on ne s'y trompe pas: les organisateurs n'ont pas voulu célébrer la parité ni pratiquer la démagogie.
À preuve la différence qui existe entre l'image de la femme-objet ou de la muse qui inspire les créateurs de mode et stimule le génie des plus grands photographes, et la moisson d'images recueillies par les femmes à travers le monde, et qui nous propose - quel que soit le pays - une réalité sociale, une façon de vivre ensemble, en un mot, une vibration forte face au collectif. Comme les romancières modernes, les femmes photographes nous racontent une tout autre histoire que les hommes, parce que leur rapport à la vie, à l'environnement et à la société est plus direct, plus réactif, et le plus souvent - comme l'a écrit Pier Paolo Pasolini - moins égocentrique que le nôtre.

Cette dynamique ajoute au "Mois de la Photo 2002" une dimension nouvelle: elle se trouve depuis quelques années au cœur du discours politique au sens profond du terme.
On comprendra que les images une fois encore devancent les mots ou les éclairent un peu à la manière d'un bénéfique électro-choc !


Henry Chapier,
Président

La photo à Paris : un mois tout simplement

Aujourd'hui, alors que de nombreux festivals se sont spécialisés, le "Mois de la Photo" reste fidèle à ses exigences et aux principes qui ont forgé son identité. Sa vocation de festival généraliste couvrant le champ de toutes les applications photographiques, son souci toujours présent d'entretenir une collaboration étroite entre les centres culturels, les galeries privées et les institutions, sa volonté, toujours affirmée, d'instaurer un dialogue fécond entre les oeuvres et le grand public en font un événement culturel d'exception.

Vingt-deux ans après sa création, le "Mois de la Photo à Paris" doit cependant emprunter d'autres voies, et s'adapter aux évolutions actuelles et aux exigences nouvelles de la photographie. C'est pourquoi j'ai voulu cette année en changer la structure, j'ai confié à trois personnalités d'horizon, d'âge et de tempérament différents les trois thèmes choisis: la photographie au féminin, les métamorphoses de la mode aujourd'hui et la création dans les pays émergents. Elvan Zabunyan, Alice Morgaine et Caroline Bourgeois proposent aujourd'hui une sélection d'expositions qui fait la part belle aux découvertes et aux inédits.

Je remercie de leur enthousiasme toutes les institutions ou galeries privées qui ont souhaité nous rejoindre, et bien sûr toutes celles qui ont jusqu'à présent permis le succès de notre Biennale. Des événements prestigieux, comme le salon Paris-Photo, ou encore des colloques et des rencontres ponctuent la manifestation. À la Maison Européenne de la Photographie, entièrement dévolue aux thématiques du Mois, répondent les beaux espaces du Centre Historique des Archives Nationales, aménagés à cet effet. Le Marais devient ainsi un centre photographique par excellence que l'association " Le 4e en Action" transforme en laboratoire d'échanges, mettant en relation les artistes et les habitants du quartier.

Le "Mois de la Photo" fait battre à nouveau le cœur de la capitale à travers des dizaines d'expositions et grâce à la présence de centaines de milliers de visiteurs. Plus resserrée dans son calendrier, toujours plus exigeante dans ses choix, cette édition marque un véritable tournant dans l'évolution d'une manifestation parisienne au rayonnement international.


Jean-Luc Monterosso
Commissaire général du "Mois de la Photo à Paris"