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Acquisition Irving Penn



Tous les deux mois la MEP vous propose une Semaine collection autour d’un artiste ou d’une thématique.

Mini exposition digitale, les Semaines collection vous permettent de découvrir les chefs d’œuvres conservés dans les collections de la MEP. Pour cette Semaine collection consacrée à Irving Penn, découvrez 9 des 46 œuvres emblématiques d’Irving Penn acquises par la MEP en 2020.

Faisant suite à une relation engagée avec le photographe depuis plus de 30 ans, la MEP rassemble l’une des plus importantes collections d’œuvres de Penn en Europe. Suite à l’acquisition en 2020 de 46 œuvres d’Irving Penn, ce magnifique ensemble de 109 tirages de 1939 à 2007 donne un aperçu cohérent et représentatif de la carrière de cette figure majeure de la photographie du XXe siècle, maître incomparable dans le domaine de la mode, du portrait et de la nature morte.


  • Optician’s Shop Window (B), New York, vers 1939
    Tirage gélatino-argentique, 1983
    Collection MEP © Condé Nast - Partial gift of The Irving Penn Foundation

    Irving Penn a 22 ans, quand il fait cette photographie de la vitrine d’un opticien dans les rues de New York. A cette époque, après de études de design auprès d’Alexey Brodovitch, le célèbre directeur artistique du magazine Harper’s Bazaar, il en était devenu l’assistant. Il venait d’acquérir un premier appareil photographique quelques mois auparavant, mais pratiquant la peinture et le dessin, il ignorait encore la place que la photographie prendrait dans sa vie.

    Dans ses premières images, il s’intéresse aux sujets vernaculaires et au style documentaire de Walker Evans notamment. Il photographie particulièrement le graphisme urbain, les vitrines des petits commerçants et les publicités écrites à la main, des images sobres avec un souci du détail que l’on retrouvera dans l’ensemble de son œuvre.

    Pascal Hoël


  • Cuzco Children, 1948
    Tirage gélatino-argentique, 1984
    Collection MEP © Condé Nast - Partial gift of The Irving Penn Foundation

    En 1948, Irving Penn se rend à Lima au Pérou pour ce qui sera son premier et dernier reportage de mode en extérieur. Il se rend ensuite à Cuzco, splendide cité précolombienne pour y passer quelques jours, mais dès qu’il rencontre les habitants de la ville ou des villages proches, venus pour les fêtes de Noël, il décide de les photographier.

    Il trouve en plein centre-ville un studio en lumière naturelle qu’il loue à un photographe local. C’est là qu’il réalisera près de 2000 photos en trois jours.
    Penn met en place à ce moment-là, les principes visuels fondamentaux qui vont caractériser les portraits ethnographiques qu’il réalisera à travers le monde pendant 25 ans, notamment l’utilisation d’un fond neutre et d’une lumière naturelle qui mettent en valeur les vêtements et laissent toute la place à l’expression de ses modèles, dans un face à face sans aucun obstacle avec le photographe.

    Pascal Hoël


  • Edith Piaf (1 of 3), New York, 1948
    Tirage gélatino-argentique 1986
    Collection MEP - Partial gift of The Irving Penn Foundation. © The Irving Penn Foundation

    En 1947 Alexander Liberman, directeur artistique du magazine Vogue, propose à Penn de réaliser une série de portraits des personnalités et des nombreux talents, dont beaucoup d’artistes européens, qui se trouvent réunis à New York dans ces années d’après-guerre. Dans son studio équipé d’un éclairage imitant la lumière naturelle, Penn crée un simple décor avec deux cloisons formant un angle, ou utilise comme unique accessoire, un vieux tapis posé au sol ou sur des boites et des tables. Il crée ainsi un non lieu hors du temps, qui laisse le sujet libre d’occuper l’espace. Penn invite ses modèles à une mise en scène, dans une situation au premier abord inconfortable, mais qui les pousse à mettre à nu leur nature profonde comme dans ce portrait d’Edith Piaf qui nous révèle toute sa fragilité.
    Le style épuré des portraits de Penn, à rebours des décors luxueux qui ont fait la gloire des magazines féminins d’avant-guerre, fera sa notoriété.

    Pascal Hoël


  • Marchande de Ballons (B), Paris, 1950
    Tirage au platine-palladium, 1967
    Collection MEP © Condé Nast - Partial gift of The Irving Penn Foundation.

    C’est dans un studio éclairé à la lumière du jour, au dernier étage d’une ancienne école de photographie, rue de Vaugirard à Paris, que Penn réalise, fin juillet 1950, sa première série des “petits métiers“.
    Devant un fond neutre fabriqué avec un vieux rideau de théâtre, il photographie ces personnages populaires des rues de Paris, dont il pressent la future disparition : ouvriers, artisans, vendeurs de rue et colporteurs en tout genre. Ces personnages pittoresques sont dénichés par Robert Doisneau et son ami le poète Jean Giraud, fin connaisseur du quartier de la rue Mouffetard. Ils côtoient dans le studio, les plus grands mannequins de l’époque portant les créations de Balenciaga, Dior, Lafaurie ou Rochas ainsi que les personnalités du monde des arts et des lettres qui viennent se faire photographier par le maître. Celui-ci utilisera pour tous, le même décor et le même protocole soigné.
    Penn continuera sa série des petits métiers à Londres en septembre 1950 et l’année suivante à New York. Il réalisera pour ces images de somptueux tirages au platine-palladium. Cette série fera l’objet de vastes publications dans le luxueux magazine Vogue.

    Pascal Hoël


  • Hippie Family (Ferguson), San Francisco, 1967
    Tirage gélatino-argentique 1984
    Collection MEP - Partial gift of The Irving Penn Foundation. © The Irving Penn Foundation

    En 1967, Penn entend parler des “hippies“, ces jeunes américains qui se rassemblent sur la côte ouest des États Unis pour expérimenter de nouveaux modes de vie. Intrigué et touché par cette communauté, il propose alors au magazine Look de réaliser à San Francisco, une série de portraits en studio, qui paraîtrons en janvier 1968 dans un reportage de 8 pages avec des photos de Hell’s Angels, de groupes de rock et de familles de hippies.

    Penn est fasciné par cet univers qui se situe en dehors de l’industrie de la mode, et met ainsi en relief ce que l’humanité a en commun par delà les cultures, les classes sociales et les territoires. Il inclura par la suite ces photos dans son livre Worlds in a Small Room où elle rejoindront les portraits ethnographiques qu’il réalisera par la suite dans les territoires les plus reculés.

    Pascal Hoël


  • Fallen Pitcher (B), New York, 2007
    Tirage gélatino-argentique 2007
    Collection MEP - Partial gift of The Irving Penn Foundation. © The Irving Penn Foundation

    C'est avec une nature morte qu'Irving Penn a fait sa première couverture du magazine Vogue en octobre 1943. Tout au long de sa carrière, il ne cessera d'exceller et d'innover dans ce domaine. Fallen Pitcher fait partie de la série Vessels et des toutes dernières images qu’il réalise en 2007 à l’âge de 90 ans. Dans cette série, il utilise des tasses, pots, théières, pichets, des objets usagés qui l'ont accompagnés de longue date, et sont parfois apparus sur des photographie antérieures. Comme souvent, il s’agit d’objets de peu de valeur qui ne retiennent pas le regard au quotidien et que Penn magnifie par la photographie.

    Penn a toujours traité les objets inanimés d'une manière directe sans embellissement, ni artifice. Avec une maestria inégalée, il a repoussé les limites créatives du médium en explorant continuellement de nouveaux sujets et techniques.

    Pascal Hoël


  • Football Face, New York, 2002
    Tirage à développement chromogène 2003
    Collection MEP © Condé Nast - Partial gift of The Irving Penn Foundation.

    Cette image réalisée pour les pages beauté de Vogue correspond à ce qu'Alexandre Lieberman, directeur artistique du magazine, qualifiait de « stoppers », c'est à dire des images si saisissantes visuellement qu'elle nous empêchent de tourner la page, changent notre perception de ce que peut être la beauté.
    Conçue avec Phyllis Posnick, dernière éditrice exécutive de Penn à Vogue pendant plus de 20 ans pour les pages beauté, elle est typique de leurs collaborations, empreinte d'humour, de surréalisme et d'un certain sens du jeu.
    Certes le mannequin a le visage complètement caché mais son cou si élégant et la façon qu'elle a de tourner la tête confère une certaine légèreté à ce qui apparaît au premier abord menaçant. Il s'agissait ici d'illustrer avec ce ballon au cuir tanné les effets de trop nombreux cosmétiques.

    Frédérique Dolivet


  • Theatre Accident, New York, 1947
    Tirage couleur Dye transfer 1984
    Collection MEP © Condé Nast - Partial gift of The Irving Penn Foundation

    Theater Accident est l’une des plus célèbres natures mortes d'Irving Penn, parue dans le magazine Vogue américain en 1947.
    C’est une composition semée d’indices racontant une histoire : une femme élégante, vêtue de noir, a laissé échapper au théâtre son sac à main dont le contenu se répand indiscrètement au sol. Les objets sont glamours et raffinés mais Penn a joué à inclure quelques éléments plus ambiguës qui suggèrent l'angoisse de cette femme : une cigarette brisée, un sifflet d’alarme et des comprimés. Maître des jeux, Penn en dévoile juste assez pour nous mettre sur la piste de cette énigme. L'arrangement extrêmement travaillé de cette nature morte ajoute au sentiment que tous ces objets sont des codes, qu'ils véhiculent un message au delà de celui annoncé par le titre, par des suggestions inconscientes.

    « Dans une nature morte, chaque objet doit raconter une histoire humaine, autant que si vous regardiez quelqu'un dans le blanc des yeux. Sinon une nature morte n'a pour moi que très peu d'intérêt ».

    Frédérique Dolivet


  • John Galliano Silk Wool Jacquard Jacket with Red Feather Headpiece, New York, 2007
    Tirage jet d’encre pigmentaire 2007
    Collection MEP © Condé Nast - Partial gift of The Irving Penn Foundation.

    A la fin de sa carrière, Penn, en raison du statut dont il jouit à au magazine Vogue, se montre très sélectif dans le choix des couturiers dont il met en scène les créations. Il a 90 ans quand il choisit John Galliano chez Dior, Karl Lagerfeld chez Chanel ou Christian Lacroix pour leur haute-couture extravagante empreinte d'un rappel à l’histoire, et qui trouve un écho à son intérêt pour la question de la finitude de la vie humaine. Penn adapte son style pour accentuer la dimension quelque peu morbide des fantasmes néo-gothiques de ces couturiers. Il nous donne à voir un monde imaginaire et théâtral, qui évoque la vanité de certaines héroïnes littéraires ou historiques.

    Frédérique Dolivet

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