Un Sourire vu par…

L’été revient et… nos sourires avec ! À cette occasion, découvrez 6 des plus beaux sourires immortalisés par des photographes présents dans nos collections.

Martine FRANCK, Hospice d’Ivry-sur-Seine, France, 1975
Anvers (Belgique), 1938 – Paris, 2012


Collection MEP. Acquis en 1994
© Martine Franck / Magnum Photos

Qu’elle séjourne en Orient ou en Europe, qu’elle arpente les ateliers d’artistes ou les planches du Théâtre du Soleil, Martine Franck, cofondatrice de l’agence Viva puis membre de l’agence Magnum, pose le même regard engagé et direct sur le monde, et souvent avec une empathie sans faille pour les personnes âgées. Elle publiera Le Temps de vieillir en 1980, une étude pleine de bienveillance sur nos aînés.
Elle collaborera par la suite avec Les Petits Frères des Pauvres pour photographier leurs actions, ainsi que pour d’autres associations caritatives, s’engageant toujours plus loin pour des causes sociales ou humanitaires. 
Cette image d’une pensionnaire espiègle de l’hospice d’Ivry-sur-Seine jouant en miroir avec la photographe, ses doigts entourant son œil comme un objectif, est emblématique de son travail. Ce regard malicieux est-il celui du modèle ou reflète-il celui de la photographe ?

Pascal Hoël, responsable des collections de la MEP

Irving PENN, Train Coach Waiter, New York, 1951 de la série “Small Trades”
Plainfield (New Jersey, États-Unis), 1913 – New York, 2009


Collection MEP. Partial gift of The Irving Penn Foundation 2020
© Condé Nast

En 1950, Irving Penn entreprend une série sur les petits métiers de Paris : marchande de ballon, bouchers, boulangers, ouvriers et excentriques en tout genre, qui appartenaient à un monde en voie de disparition. Le projet consiste à photographier des sujets, choisis dans leur environnement professionnel, et invités à venir en studio dans l’exacte tenue où ils se trouvaient, munis de leurs outils de travail. Penn utilise alors un studio éclairé à la lumière du jour, avec un vieux rideau de théâtre comme toile de fond. Il continue la série à Londres à l’automne, puis dès son retour, début 1951 à New York, il photographie des travailleurs américains dans un studio perché en haut d’un immeuble résidentiel donnant sur l’East River. Penn utilise le même dispositif que pour ses photographies de mode.
Penn réalisera plus de 250 photographies de « Petits métiers », magnifiés dans de somptueux tirages au platine, comme celui de ce serveur ambulant qui circulait dans les trains New Yorkais.

Pascal Hoël, responsable des collections de la MEP

Édouard BOUBAT, Neige au balcon, Paris, 1960
Paris, 1923 – 1999


Collection MEP. Don de l’auteur en 1992
© Édouard Boubat

Édouard Boubat passe son enfance à Montmartre, puis entre à l’école Estienne où il apprend la photogravure. Il découvre la photographie en 1945, et dès 1949, reçoit avec Robert Doisneau le Prix Kodak au Salon international de la photographie à Paris. Il s’imposera rapidement comme l’un des maîtres de la photographie humaniste grâce à son regard affûté mais toujours bienveillant.
En 1951, il rencontre Bertie Gilou, directeur artistique du magazine Réalités, qui lui confie un reportage sur les Artisans de Paris, point de départ d’une collaboration qui durera jusqu’en 1967. C’est le début d’un voyage ininterrompu sur les cinq continents. Paris, restera néanmoins son port d’attache, une ville qu’il arpentera inlassablement toute sa vie, à l’affut de ces petits instants de bonheur enfantin qu’il sut merveilleusement capturer.
De ses photographies émane la profonde ferveur avec laquelle Édouard Boubat appréhende l’humanité. Imagerie dénuée de tensions, pleine de pureté, de poésie et de quiétude, son œuvre propose une vision contemplative de la vie, un point de vue empreint d’une certaine plénitude où l’homme apparaît en harmonie avec son environnement.

Pascal Hoël, responsable des collections de la MEP

Garry WINOGRAND, New York City, New York, 1970 du portfolio Garry Winogrand
New York, 1928 – Mexico, 1984


Collection MEP. Acquis en 1994
© The Estate of Garry Winogrand, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

Garry Winogrand appartient à cette école qui, dans les années 1950-1970, a renouvelé la photographie documentaire américaine. Maître de la « Street Photography », il donnera la priorité à l’instantané. Il publie, en 1975, le livre Women Are Beautiful qui constitue une chronique sociale vibrante et passionnée sur les femmes croisées par le photographe le plus souvent dans les rues, les bars, à la plage ou dans les fêtes new yorkaises, mais aussi à travers tous les États-Unis. C’est l’époque où les mouvements féministes amènent une grande liberté dans les attitudes et les comportements. Garry Winogrand a su mieux que les autres saisir ces transformations sociétales.
Ces instantanés qui semblent saisis de façon très spontanée et avec une grande légèreté peuvent être lus comme des métaphores plus complexes. Ainsi cette image d‘une femme qui rit à gorge déployée à côté d’un homme sans tête représenté par le mannequin au second plan.

Pascal Hoël, responsable des collections de la MEP

Sabine WEISS, La petite égyptienne, Égypte, 1983
Saint-Gingolph (Suisse), 1924. Vit à Paris.


Collection MEP. Don de l’auteur en 2015
© Sabine Weiss

Dès son arrivée à Paris en 1946, Sabine Weiss se sent proche des photographes qui mettent l’humain au centre de leurs propos, comme Robert Doisneau qui découvrira ses photos dans le bureau du directeur de Vogue et la fera entrer à l’agence Rapho. La photographe ne cesse par la suite de sillonner le monde, dévorée par la curiosité. Elle travaille pour la publicité et en freelance pour de nombreux magazines américains comme Life, Time, Newsweek, Fortune, Holiday, etc. Elle réalise en marge de ses commandes des images plus personnelles, s’attachant inlassablement aux gens modestes, aux enfants, aux personnes seules. Pour Sabine Weiss, la photographie est liée à “l’instant, cet instant fugitif et merveilleux qu’il faut saisir tout en le composant, ces instants dans le temps et dans l’espace, où la plénitude et la simplicité forment un tout”.
En novembre 1983, elle voyage en Égypte avec Hugh, son mari peintre. Elle veut découvrir les rituels Coptes, et se retrouve à quelque 40 kilomètres de Louxor, sur la rive ouest du Nil. C’est là qu’elle rencontre une petite fille qui vend des poupées de chiffon. « Je l’ai croisée sur la route, de l’autre côté du fleuve. Elle m’a beaucoup plu, cette petite fille. Elle est la joie de vivre… Et depuis, beaucoup de gens l’ont aimée ».

Pascal Hoël, responsable des collections de la MEP

Jürgen SCHADEBERG, Sol Rachilo pose pour la couverture de Drum, Johannesbourg, 1958
Berlin, 1931 – La Drova, Espagne, 2020

Collection MEP. Acquis en 2003
© Estate of Jürgen Schadeberg

Jürgen Schadeberg grandit à Berlin, dans une ville en ruines, ravagée par la guerre. En 1950, à 19 ans, il quitte son pays pour l’Afrique du Sud, bien décidé à devenir photographe. Très vite, il rejoint l’équipe du magazine Drum, qui vient de paraître. Tout en demeurant photographe, il en devient le directeur artistique et forme une génération de photographes africains, comme Bob Gosani et Peter Mugubane. Ce magazine, destiné à un lectorat spécifiquement africain, rendait compte de l’effervescence culturelle de l’époque, notamment de la vie nocturne débridée du quartier multiracial de Sophiatown qui était, à cette époque, “la ville du jazz”. Ici Rol Rachilo, un acteur populaire, pose pour un dépliant promotionnel de Drum, premier magazine africain à présenter des modèles noirs en couverture.
Schadeberg sera le témoin privilégié de cette époque qui a vu se mettre en place le système politique institutionnel de l’Apartheid pour aboutir, au début des années 60, aux lois d’exception. Les photographes de Drum, et Schadeberg en particulier, s’engagèrent dans tous les combats contre les injustices du régime.

Pascal Hoël, responsable des collections de la MEP