Kaléido scope

Le choix de la bibliothèque #1



Une sélection, par la bibliothèque de la MEP, d’ouvrages de son fonds, souvent des acquisitions récentes, participant de la mémoire internationale de l’édition photographique.

Une sélection, par la bibliothèque de la MEP, d’ouvrages de son fonds, souvent des acquisitions récentes, participant de la mémoire internationale de l’édition photographique.

Hot Days in Okinawa, Mao Ishikawa

C’est avec ces clichés pris dans sa ville natale que la photographe japonaise Mao Ishikawa débuta sa carrière. De 1975 (elle a alors 22 ans) à 1977, tandis que la guerre du Viêt-Nam s’achève, elle est employée dans des bars fréquentés exclusivement par des soldats noirs-américains de la base d’Okinawa, avec lesquels elle ne tarde pas à nouer des liens. Encore aujourd’hui, du fait de sa position géographique à équidistance du continent asiatique et du Japon, Okinawa reste un poste militaire stratégique. C’est en partie en réponse à l’histoire douloureuse de cette « porte militaire du Sud » que Mao Ishikawa a photographié le quotidien de sa vie avec ses amis américains et ses compagnes japonaises barmaids.

Chambres, bars, plages et coins de rue sont les lieux de portraits hâtivement posés, comme en léger déséquilibre, et les terrains de capture en vol de moments d’intimité alcoolisée, amoureuse, pensive ou rigolarde. Entremêlement de sourires, de gestes et de regards, il n’est guère d’images au fil des pages rythmées comme un morceau de cool jazz où ne s’esquisse une danse, un jeu, où ne se côtoient l’excitation, puis des instants de relâchement élégant qui disent, aussi, toute la fugacité de la parenthèse pour cette petite bande.

En tous les cas, il s’agit dans ces clichés du lien étroit et profondément bienveillant unissant les modèles entre eux, et ceux-ci à leur portraitiste. Ishikawa s’affirme de la sorte en tant que photographe, femme et japonaise, dans un environnement qui ne l’attendait pas forcément ainsi. La douceur du noir et blanc déplace la question des frontières, de l’appartenance ethnique, la misère de ces héros de quelques jours, et la gravité du moment historique, dans une brume qui doit autant à la fumée des cigarettes et à la tendresse du souvenir.

Gildas VENEAU

 

Mao Ishikawa, Hot Days in Okinawa, Foil, Kyoto (J), 2013
[M 2013 ISH]

Ce livre est paru une première fois en 1982, dans une version différente, sous le titre Hot Days in Camp Hansen, aux éditions Aaman Shuppan. (M 82 ISH)

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