Kaléido scope

Le choix de la librairie #7



Une sélection, par Irène Attinger, d’ouvrages en vente à la librairie de la MEP, qui, en raison de leur originalité, de leur qualité éditoriale et/ou de l’importance de leur contenu, participent de l’image de l’édition photographique internationale.

TOKYOKEI, ISSEI SUDA

Texte d’Issei Suda
Nazraeli Press, Portland, 2013
135€

Tokyokei présente 106 photographies inédites des rues et des habitants de Tokyo dans les années 1970 et 1980. Ce livre a été publié par  Nazraeli Press en collaboration avec la Galerie Zen Foto à Tokyo. Chaque copie du livre est numérotée et signée par l’artiste.

« Tokyo est là où j’ai grandi. Même après les convulsions de l’après-guerre et  de la période ultérieure de croissance économique rapide, ma ville natale n’a jamais cessé de se transformer. Tokyokei est une série d’instantanés des rues et des gens de Tokyo dans les années 1970 et 1980. Quand je passe en revue ces photographies, je vois que mes yeux ont inconsciemment capté les aspects de la ville destinés à s’effacer par la suite. Je me rends aussi compte que la ville est composée d’une multitude de gens divers, des gens qui y vivent toute leur vie, des gens qui  y viennent en rêvant de succès, certains y parviennent, d’autres  échouent.

Le Tokyo de ma jeunesse a disparu, mais  il y a toujours des moments dans lesquels je me sens joyeusement nostalgique, ressentant le bonheur des fêtes des quartiers chauds ou observant les actions inconscientes de passants. L’image de ma ville natale est en réalité la vision des vies quotidiennes des gens qui vivent ici. Ce livre, enregistrement d’une certaine période de l’histoire japonaise, est surtouti une perspective sur ma ville natale. C’est  celle que je veux garder pour toujours dans mon coeur. »
Issei Suda librement traduit par Irène Attinger

 

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I WILL TAKE CARE OF YOU, ERIK ÖSTENSSON

Journal, Stockholm, 2012
32€

« Ce travail m’a longtemps accompagné. Après avoir obtenu un diplôme à New York, j’ai commencé à m’intéresser aux relations entre mes pairs et leurs parents ainsi qu’à ma propre relation à mes parents. Nous estimons qu’il est important de faire nos propres choix et nous nous voyons comme indépendant. Mais, malgré ceci, il nous est impossible de ne pas nous relier à nos parents. J’ai l’impression que tous les choix que nous faisons sont, d’une façon ou d’une autre, basés sur eux, même si nous faisons quelque chose qu’ils n’aiment pas. » […] « Nous étions au milieu d’un processus de libération dans laquelle il était important de faire vos propres choix. Nous voulions plus que tout être indépendants. Mais en même temps que nous avons essayé de nous libérer, nous nous sommes sentis solitaires et abandonnés. Dans notre enfance, le monde venait juste de paraître excitant et plein de possibilités mais, maintenant quand nous en sommes sortis seuls, il apparaît effrayant et accablant. » Erik Östensson

Ce petit livre relié, conçu par Matilda Flodmark, contient 39 images dont de nombreux encart à volets qui se déploient et un court texte à la fin. Les trois dernières images sont des reproductions de peinture, choisies par le photographe,  d’un même lieu – en 1916, 1931 et 1942 pour souligner encore une fois des relations de famille qui peuvent être également liées à un lieu.

 

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Wall Israël – Palestine, paysage 2008 – 2012, Josef Koudelka

Editions Xavier Barral, Paris, 2013
50€

Ce livre rassemble 54 panoramiques en noir et blanc pris entre 2008 et 2012 le long du mur qui sépare Israël de la Palestine à Jérusalem-Est, Hébron, Ramallah, Bethléem et dans les différentes colonies israéliennes. Barrière de sécurité pour les Israéliens, mur de l’apartheid pour les Palestiniens, le mur est une cicatrice tracée par l’homme dans le paysage naturel, une métaphore des blessures infligées par l’homme à l’environnement. Josef Koudelka montre la blessure ouverte par ce mur qui ne ressemble à rien de déjà vu, chenille de béton et de barbelés qui, tout à la fois, borne l’horizon, l’ondoie et le décapite.

« Je n’aime pas le vol. Et je pense que ce mur vole. Il confisque la terre. C’est le seul mur sur la planète qu’un État ait construit sur un sol qui ne lui appartient pas. Ce mur n’est pas seulement un assemblage de béton et d’électronique. Il répond à un projet précis. Car il est clair qu’à lui seul il ne garantit pas la sécurité des Israéliens. Il a tout à voir, en réalité, avec la terre, et le contrôle de la terre. […] Il sera très difficile, sinon impossible d’effacer complètement la trace du mur dans le paysage s’il est un jour démoli. Ici, le dommage est irréparable. On ne change pas le paysage comme on change de vêtement. […] Comme il y a des crimes contre l’humanité, il y a des crimes contre le paysage. Et ce mur est un crime contre le paysage. Contre un paysage considéré comme sacré par une grande partie de l’humanité ».

Ce livre propose un contexte avec une chronologie de l’édification du mur, des légendes et un lexique. Il s’inscrit dans un projet plus vaste (This Place), dont l’initiative revient au photographe Frédéric Brenner, qui a pour ambition d’explorer le mur au travers du regard de douze photographes.

 

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Alfred Ehrhardt : Das Watt

Textes de Kurt Dingelstedt et d’Alfred Ehrhardt
Editions Xavier Barral, Paris, 2013
45€

En 1936, Alfred Ehrhardt, peintre, dessinateur et graveur formé au Bauhaus, autodidacte en photographie, publie Das Watt, l’estran en français, cette bande de sable entre terre et mer qui borde la côte de la mer du Nord modelée par le vent, la tempête, le soleil. Les photographies d’Alfred Ehrhardt se concentrent sur les figures géométriques abondant dans ce désert du bord de mer. Des paysages maritimes, des coquillages, des coraux et des cristaux ont offert à Alfred Ehrhardt pléthore de sujets prétextes de compositions dures et stylisées. L’espace laissé par la mer à marée basse, les dunes de sable balayées par les vents laissent apparaître un sable parcouru de lignes, de sillons, plus ou moins profonds, sinueux, aux dessins complexes formant autant de variations abstraites, dont l’objectif du photographe restitue l’austère beauté.

Cette réédition en fac-similé, fidèle à la version originale parue en 1937, rend à nouveau accessible au plus grand nombre cet ouvrage, un classique de la photographie depuis longtemps épuisé. Le livre est accompagné d’un livret de 16 pages avec des textes en trois langues (français, allemand et anglais).

Irène Attinger

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