Kaléido scope

Le choix de la librairie #09



Une sélection, par Irène Attinger, d’ouvrages en vente à la librairie de la MEP, qui, en raison de leur originalité, de leur qualité éditoriale et/ou de l’importance de leur contenu, participent de l’image de l’édition photographique internationale.

Une sélection, par Irène Attinger, d’ouvrages en vente à la librairie de la MEP, qui, en raison de leur originalité, de leur qualité éditoriale et/ou de l’importance de leur contenu, participent de l’image de l’édition photographique internationale.

THE MAGIC BAR, KENNETH GUSTAVSSON

Textes de  Gerry Badger et Thomas Wågström
Boksörlaget Max Ström , Stockholm, 2012

The Magic Bar est un voyage dans l’univers de Kenneth Gustavsson qui a laissé à sa mort en 2009, une multitude de photographies portant sa marque caractéristique. Les photos de ce livre ont été prises en Suède, en Allemagne et en France de la fin des années 60 au début des années 90.

Elève de Christer Strömholm, en même temps que l’auteur du fameux Café Lehmitz d’Anders Petersen, il a produit avec ce dernier un certain nombre de photos documentaires dans les taudis de Stockholm, dans les années 1960. Si Anders Petersen est aujourd’hui largement reconnu, le travail de son ami Kenneth Gustavsson est presque oublié. En termes métaphoriques, le Café Lehmitz est très largement fréquenté, alors que le Magic Bar est menacé de fermeture. Il faut donc remercier Thomas Wågström qui, avec Anders Petersen, a tiré ces images importantes de l’oubli.

Si l’influence de Strömholm se fait sentir, Gustavsson s’est émancipé de son maître dans le contenu et aussi dans son esthétique sombre, déformée et introspective. Pour reprendre la métaphore du bar, en raison du bruit intense des voix et de la musique du Jukebox, on y capte que de petites bribes, des fragments de souvenirs, des détails timides et des descriptions laconiques. C’est l’impression que l’on a en feuilletant le livre. Dès les premières pages, les images sombres se suivent : un singe saute vers nous de la profondeur d’une cage, un oiseau heurte une vitre, un vieillard se trouve dans le caniveau pendant que les voitures défilent dangereusement près de lui. Il y a aussi des moments de respiration : un chien erre le long d’un rue, une automobile couverte de neige, un intérieur de salon. Des choses tout à fait banales sont montrées, mais le plus souvent celles-ci semblent ambiguës et comme recouvertes par le sombre vernis du point de vue de Gustavsson.

 

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UNE AUTRE FAÇON DE RACONTER, JOHN BERGER ET JEAN MOHR

Plus un DVD Joue-moi quelque chose de Timothy Neat et John Berger
Avec un essai d’Anne Michaels
L’Ecarquillé, Paris, 2014

Ce livre propose deux œuvres complémentaires : la réédition d’un livre, à la fois essai majeur sur la photographie et œuvre de fiction (Une autre façon de raconter, 1981) et un film, jamais sorti en France, édité pour la première fois en DVD (Joue-moi quelque chose, 1989), ces deux œuvres étant reliées par un essai d’Anne Michaels (2013).

Le livre s’articule autour d’une réflexion théorique et d’une fiction, véritable cœur du livre (photos de Jean Mohr, narration de John Berger et Jean Mohr). Il est une tentative d’ordre littéraire et poétique de raconter d’une autre façon une histoire en donnant à lire un montage photographique. Le film, né en 1989, de la collaboration de John Berger et Jean Mohr avec le réalisateur Timothy Neat, donne un genre de contre-point . Une autre façon de raconter se demande : « Que signifient les photographies ? Comment sont-elles utilisées ? » Le volume est composé de morceaux hétérogènes, à lire ou regarder. Le livre suggère et évoque plutôt qu’il n’assène des vérités.
« Dans ce livre, nous faisons plusieurs expériences. L’une d’elles consiste à raconter une «histoire sans mots», avec seulement des photos, pour voir ce que donne l’association des images. Cette histoire, comme nous le suggérons, est composée des souvenirs d’une vieille paysanne. Au début, on voit ses mains qui tricotent, elle est seule et se souvient du passé. Tout cela par des photos que Jean Mohr a prises lors des centaines de balades que nous avons faites pendant sept ans en Haute-Savoie. » (John Berger dans un entretien donné à Libération le 25 avril 2014.

 

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AMITIÉ ÉTERNELLE, ANOUCK DURAND

avec Refik Veseli, Pleurat Sulo et Katjusha Kumi
Éditions Xavier Barral , Paris, 2014

Amitié éternelle est un roman graphique composé de photographies et d’archives. Il mêle grande et petite histoire, amitié entre les peuples (la Chine et l’Albanie communistes des années 1970) et amitié indéfectible entre deux hommes. Le roman débute en 1970 lorsque le narrateur, Refik Veseli, est envoyé en Chine comme photographe de propagande chargé de mettre en scène le bonheur de l’homme nouveau albanais. Il profite de ce séjour hors d’Albanie pour envoyer une lettre à la famille Mandil. C’est une des familles qu’il a sauvé, en 1942 alors qu’il avait 16 ans, en les cachant pendant un an dans son village en Albanie. Nous suivons, au fil du récit, l’histoire de l’amitié qui s’est créée entre Mosha Mandil et lui.

Par sa chronologie, par ses personnages et par de nombreux détails, ce récit est une histoire vraie. Son écriture a été rendue possible par plusieurs années d’enquête auprès d’anciens photographes du régime albanais et par l’exploration du fonds photographique et d’archives inédites de la période communiste.

L’histoire racontée par Anouck Durand, avec la complicité de l’ethnologue Gilles de Rapper, nous touche grâce à l’originalité de sa mise en scène (photographies d’époque retrouvées chez les photographes de propagande albanais et correspondances).

 

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ON BOARD, JÉRÔME BRÉZILLON

Préface de Laurent Rigoulet
Textuel,Paris, 2014

Roman phare, publié en 1957, de la Beat Generation et de tous les amoureux de la route aux USA On the Road de Jack Kerouac aurait été écrit en 3 semaines, du 2 au 22 avril 1951, sur un rouleau de 36,50 m de long et d’un seul trait. Jérôme Brézillon était fasciné par les routards, les vagabonds parcourant les USA sur des plateformes des wagons de marchandises.

On Board, le livre posthume du photographe mort en 2012, réunit les images prises à bord de trains américains en 2010 et 2011 lors de deux voyages en quête des mythes fondateurs des Etats-Unis. Jérôme Brézillon avait choisi, pour ce projet resté inachevé, de sillonner le pays et de saisir des paysages, le plus souvent délaissés de toute présence humaine. Au retour de chacun de ses voyages il avait choisi des images et avait collé des tirages de lecture dans des carnets, laissant ainsi de précieuses indications pour la conception de l’ouvrage.

Les premières pages du livre reproduisent une play list manuscrite des morceaux à écouter On Board avec, entre autres, Bob Dylan, Bruce Springsteen ou Johnny Cash.

« Les trains américains sont lents et permettent de voir venir, les décors apparaissent, disparaissent, le hasard a sa place, les images sont fragiles et furtives, la vitesse leur donne un aspect diffus. Je deviens spectateur, comme si je photographiais pendant un travelling interminable. » Jérôme Brézillon

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