Kaléido scope

Le choix de la librairie # 14



Une sélection, par Irène Attinger, d’ouvrages en vente à la librairie de la MEP, qui, en raison de leur originalité, de leur qualité éditoriale et/ou de l’importance de leur contenu, participent de l’image de l’édition photographique internationale.

PIPELINE
ELENA PERLINO

André Frère Éditions, Marseille, 2014

Alors qu’en France le débat concernant l’abolition de la prostitution est relancé, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) a classé le Nigeria dans la liste des huit pays ayant le taux le plus élevé de traite des êtres humains. Depuis de nombreuses années, la photographe Elena Perlino travaille sur ce sujet, se concentrant principalement sur ses connexions avec l’Italie, pays où se développe une vaste industrie du sexe, basée sur la traite de femmes africaines. Elle tente de montrer la complexité et les contradictions de l’expérience de ces femmes, documentant leur vie quotidienne à Turin, à Gênes, à Rome, à Naples et à Palerme.

En collectant les histoires des prostituées de Benin City (dans l’État d’Edo, au Nigeria), ville natale de près de 80 % des femmes victimes de la traite, ce reportage témoigne des multiples raisons de leur migration – qu’elle soit forcée ou volontaire. Elena Perlino nous livre un compte rendu brutal et touchant de la vie que mènent ces femmes. Ce travail photographique est accompagné d’un texte d’Isoke Rose Aikpitanyi qui raconte la descente aux enfers de ces toute jeunes femmes qui arrivent en Europe, persuadées d’y trouver des conditions de vie meilleures que celles de leur pays d’origine.

Buyckx

JESUS, MAKE-UP AND FOOTBALL
FREDERIK BUYCKX

Lannoo Publishers, Tielt (B), 2013

En 2012, le jeune photographe belge Frederik Buyckx s’est rendu quatre fois à Rio de Janeiro pour montrer le quotidien des gens vivant dans les favelas. Il loue une chambre au cœur de ces quartiers et tisse peu à peu des liens avec les habitants. Son objectif est de montrer la vie au sein d’une favela sans aborder les problèmes liés à la drogue, aux gangs ou à la criminalité, de photographier une vision optimiste du Brésil.

Beaucoup de favelas sont aujourd’hui des zones où il est possible de vivre «normalement». En 2008, le gouverneur de Rio, Sergio Cabral, lance la pacification des favelas en vue de la Coupe du monde de football en 2014 et des Jeux olympiques de 2016. Le but du gouvernement brésilien était de nettoyer ces quartiers pauvres des gangs et des dealers. Si des favelas sont encore marquées par la violence (les narcotrafiquants chassés par la police n’hésitent pas à déménager dans d’autres quartiers), certaines ont retrouvé leur calme. « Je veux juste en montrer plus du côté de la vie quotidienne. Beaucoup sont entrés là avec la police. Volontairement, je n’ai pas voulu y aller avec la police. J’ai simplement voulu avoir un regard du côté des habitants. »

Le titre reflète ce que Frederik Buyckx perçoit comme les trois thèmes culturels majeurs de la vie dans les favelas. Le côté religieux n’est pas surprenant si on considère la statue du Christ Rédempteur, mondialement connu, qui domine Rio. La partie make-up fait allusion à la culture du corps, à un engagement de beauté et de bien paraître. « Les hommes sont … très musclés et les filles se maquillent dès 4 ou 5 ans ». « Même les hommes vont chez le coiffeur chaque vendredi et se font faire une nouvelle coupe de cheveux. Il est évident qu’ils se concentrent beaucoup sur leurs corps. » Enfin, il y a évidemment le football. Les enfants y jouent dans les rues et sur des terrains minuscules serrés dans le peu d’espace libre entre les taudis encombrés. « J’ai eu l’habitude de jouer avec eux aussi. Ils étaient vraiment bons. » « J’ai joué avec les types de mon âge et ils devenaient furieux contre moi quand je jouais mal […] Aïe, le belge est nul aujourd’hui ! »

« Ils se rendent compte de là où ils vivent. Ils ont la télévision. À quelques kilomètres de chez eux, c’est la plage d’Ipanema, un des endroits les plus chers du monde. Ils voient le contraste et ils savent que les favelas ne sont pas le meilleur endroit pour vivre. Mais finalement, bien sûr, ils en tirent le meilleur parti. »

 
kolkata107web

KOLKATA
TIANE DOAN NA CHAMPASSAK

Éditions Bessard, Paris, 2014

« Août 1943. La nuit tombe sur Calcutta, réduisant au silence son vol de corbeaux, et réveillant un autre type de vie, fébrile et cachée : dans le Maidan, cet espace ouvert au cœur de la ville, les ombres attendent. »

« Mon oncle, Thaï Doan na Champassak, commençait par ces mots son autobiographie, Ancestral Voices, chez Collins à Londres en 1956. Mobilisé à Alger pendant la seconde guerre mondiale, il fut envoyé en Chine en tant que parachutiste en mission secrète pour entrer clandestinement en Indochine occupée alors par les Japonais. Cette histoire extraordinaire commence à Calcutta, le point de départ pour la mission vers Chungking. Dans les premiers chapitres il donne une description poignante de l’ancienne capitale Des Indes Britanniques, quatre ans avant l’indépendance. Ayant fréquemment voyagé en Inde depuis 1996, il ne m’était jamais venu à l’esprit que Kolkata (l’ancien nom de Calcutta) puisse m’inspirer un travail sur ses scènes de rue, et je suis reconnaissant à mon oncle de m’avoir donné ce désir. En réalité, c’est dans les rues de kolkata que j’ai trouvé la représentation la plus absolue de la réalité indienne. C’est la seule ville qui concentre à ce point la présence simultanée des extrêmes : à la fois calme et bruyant, riche et pauvre, sale et propre, moderne et ancien, beau et laid, et enfin passé et présent. Cette dualité continuelle est devenue mon leitmotiv ainsi que la raison pour laquelle j’ai décidé de me concentrer sur les scènes de rue pour représenter au mieux le chaos de cette énorme mégalopole de plus de 50 millions d’habitants. » Tiane Doan na Champassak

Kolkata étant la capitale mondiale de la production de jute, la couverture du livre est en toile de jute.

 

Filigranes_Jean_Noel_de_Soye

CEUX QUE J’AI RENCONTRES NE M’ONT PEUT-ETRE PAS VU
JEAN NOËL DE SOYE

Filigranes Éditions, Paris, 2014

Le livre, dont le titre est emprunté à une phrase d’Arthur Rimbaud, montre une série d’images en noir et blanc réalisées lors de plusieurs séjours à Madagascar entre 2004 et 2013.

« En 2004, pendant mon premier voyage, j’ai été immédiatement séduit par ce pays. J’ai compris qu’il y avait une richesse humaine rare, un sujet photographique sur lequel j’ai voulu travailler. C’était une vraie rencontre. Ce pays est très pauvre, mais ce qui m’a touché et ce qui m’a aussi captivé c’est la grâce des gens dans leur pauvre environnement, leur innocence. Pour voyager, j’emporte, dans un sac léger, deux Leica. Je travaille en noir et blanc. J’aime son caractère éternel. »

 

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