Kaléido scope

Le choix de la librairie #20



The Encyclopedia of Kurt Caviezel Kurt Caviezel Rorhof, Bolzano (IT), 2015 Depuis 15 ans, Kurt Caviezel, assis chez lui devant un ordinateur, butine sur la toile et fait défiler un flux ininterrompu d’images produites par 15’000 webcams, accessibles publiquement, situées un peu partout dans le monde. Dans ce flux, il […]

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The Encyclopedia of Kurt Caviezel Kurt Caviezel

Rorhof, Bolzano (IT), 2015

Depuis 15 ans, Kurt Caviezel, assis chez lui devant un ordinateur, butine sur la toile et fait défiler un flux ininterrompu d’images produites par 15’000 webcams, accessibles publiquement, situées un peu partout dans le monde. Dans ce flux, il a prélevé plus de 3 millions de captures d’écran et les a classées selon formes et sujets. Dans le livre, dont la jaquette reprend en caractères minuscules les 15’000 liens web utilisés, Kurt Caviezel regroupe, sous la forme d’une encyclopédie, une sélection d’environ 3’000 images. Si le flux d’images peut prétendre fouiller les moindres recoins, le résultat est en réalité une image du monde fragmentée, hachée, perturbée par des défauts de cadrage, de lumière ou de transmission. « Tout d’un coup, la caméra a des milliers d’yeux. Les lentilles s’assemblent en réseau pour former une seule caméra qui photographie sans discontinuer. L’écran domestique devient le moteur de recherche, la souris le chasseur, la webcam l’objectif ». (Kurt Caviezel).

 

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You Haven’t Seen Their Faces Daniel Mayrit

RIOT BOOKS 2015, Madrid, Spain

Quelques mois après les émeutes londoniennes de 2011, la police de la ville a distribué dans la rue des tracts montrant les portraits tirés d’images de vidéosurveillance de jeunes soupçonnés d’avoir participé aux violences en marge des manifestations. Cette distribution d’images, publiées hors contexte, choque Daniel Mayrit. L’esthétique même de la vidéosurveillance accuse ces jeunes et les dépeint comme des criminels. Daniel Mayrit recherche alors une autre catégorie de population qu’il pourrait à son tour stigmatiser. Le magazine destiné aux happy few de la City, Square Mile, a publié une liste des cent personnes les plus puissantes de Londres. Il décide de rechercher sur le système de vidéosurveillance londonien les images de ces cent personnes, tenues symboliquement comme les responsables de la crise financière de 2007-2010, et de les exposer. Sur cent personnes, il n’en a trouvé que que quatre-vingt-dix-neuf. « Au début, j’étais assez déçu, je pensais que mon projet n’avait plus de sens du fait de ne pas réussir à trouver cette centième personne sur des images de vidéosurveillance. Mais à la réflexion, cette absence sert complètement mon sujet : certaines personnes ont le pouvoir et l’argent pour protéger leur vie privée de la vidéosurveillance, là où une personne normale restera impuissante. » Archivées, classées, accrochées ou publiées, ces images prennent spontanément la forme d’un fichage destiné à la recherche de criminels.

 

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SALITRE Juan Valbuena (ed.)

Editorial PHREE Novembre 2014.

Jusqu’au XVème siècle, Lavapiés était le quartier juif de Madrid et la calle del Salitre une rue de ce quartier. En déshérence dans les années 1990, le quartier est devenu un lieu privilégié de squats puis le lieu d’arrivée de milliers d’immigrants de provenance diverse (Amérique latine, Chine, Afrique du Nord, Afrique noire, sous-continent indien, etc.). Environ 50 % de ses habitants ne sont pas d’origine espagnole. Le livre parle de douze Sénégalais contraints de vivre dans un appartement de 50 mètres carrés. Ils y témoignent de leur arrivée en Espagne, de la manière dont ils vivaient au pays, de leurs maisons … L’idée principale du projet est la création d’un espace individuel où chacun peut apporter ses souvenirs et ses expériences, car, dans l’appartement, personne n’a de lieu qui lui soit propre. Le livre se présente sous la forme d’une boîte contenant treize livres : douze faits par chacun des habitants de l’appartement en utilisant ses photographies, dessins, billets et documents officiels (passeports …) et un treizième qui contextualise le projet avec les textes et les images de Juan Valbuena. Soit treize espaces distincts pour treize personnes distinctes.

 

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O INFERNO VERDE Edu Simões

Editions Bessard, Paris, 2015, Collection Zine N° 26

Le río Solimões (partie de l’Amazone comprise entre la triple frontière Brésil-Colombie-Pérou et Manaus) et les rivières se remplissent et se répandent dans la forêt. Les igapós (forêts inondées) apparaissent et avec elles le plus beau paysage que l’on puisse voir dans la forêt. Quelques mois plus tard, les pluies se font plus rares, fleuve et rivières retournent dans leurs lits. Conséquence de ce retrait, dans la réserve naturelle de Mamirauá sur la rive gauche du fleuve, de nombreux étangs se forment. Ils piègent d’énormes pirarucus (poisson qui peut atteindre près de 3 mètres et plus de 200 kg). Dès que ce phénomène apparaît, les habitants des environs se mobilisent pour éviter qu’une surpêche ne mette l’espèce en danger. En effet, ce poisson ne peut être pêché que sous un contrôle rigoureux. Le travail d’Edu Simões vise à mettre fin à une ignorance de la forêt aussi vaste que l’Amazonie elle-même. Les populations qui vivent du fleuve ont un besoin urgent que cesse la destruction de la forêt par de nouveaux arrivants. « Je suis convaincu que si quelque chose peut être fait pour préserver cette partie de la planète, cela se trouve dans les mains et les connaissances de ces peuples. » ( Edu Simões) La collection Zine propose dans de petits livres de 40 pages (couverture comprise) une trentaine de photographies d’un format d’environ 18 x 25 cm et un tirage de l’artiste.

 

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ANECDOTAL David Fathi

Maria Inc, Paris, 2015

Dans notre inconscient collectif, le siècle nucléaire est synonyme de l’explosion des bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki. Pourtant, depuis 1945, plus de 2000 bombes nucléaires ont explosé. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les puissances nucléaires ont méthodiquement bombardé leurs propres pays ou des territoires qu’elles dominaient. Les anecdotes autour de l’armement nucléaire et des programmes d’essais sont le point de départ de cette série qui mélange images d’archives, photos satellites, ainsi que des photos de voyages en voiture. L’histoire qui en résulte hésite entre enquête terrifiante et farce absurde. On pourrait croire à une fiction délirante, mais tout ce que rapporte le livre est vrai. Nous trouvons des histoires de ministres contaminés, des bombes perdues et jamais retrouvées, l’invention du bikini, les luttes entre des pouvoirs coloniaux et des populations locales, etc. En illustrant ces épisodes méconnus de notre passé, ce livre nous invite à repenser notre réalité et la dissonance entre le monde dans lequel nous pensons vivre et celui que nous avons réellement construit. « … quand j’ai effectué mes recherches sur la bombe atomique, toutes les anecdotes collectées étaient si vraies que plus j’avançais, plus ça devenait énorme. Plus ça paraissait être une mauvaise fiction, incohérente » (déclaration de David Fathi au journal La Nouvelle République).

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