Kaléido scope

Le choix de la librairie # 24



Chaque mois, retrouvez le choix de la librairie, par Irène Attinger : une sélection d’ouvrages parmi les nouveautés en vente à la librairie de la MEP, qui, en raison de leur originalité, de leur qualité éditoriale et/ou de l’importance de leur contenu, participent de l’image de l’édition photographique internationale.

Chaque mois, retrouvez le choix de la librairie, par Irène Attinger : une sélection d’ouvrages parmi les nouveautés en vente à la librairie de la MEP, qui, en raison de leur originalité, de leur qualité éditoriale et/ou de l’importance de leur contenu, participent de l’image de l’édition photographique internationale.

 

dazai

DAZAI
DAIDO MORIYAMA

MATCH and Company, Tokyo, 2014

« Je suis réveillée par le claquement de la porte d’entrée, mais comme je sais que ce n’est que mon mari qui rentre ivre à la maison au milieu de la nuit, je reste couchée tranquillement dans le lit. Il allume la lumière dans la pièce voisine et je peux l’entendre haletant bruyamment alors qu’il fouille dans les tiroirs de son bureau et dans la bibliothèque, cherchant quelque chose. Ensuite, il se laisse tomber lourdement sur le tatami et tout ce que je peux entendre c’est sa respiration rapide et rauque. Je m’interroge sur ce qui se passe et lui demande.
 » Bienvenue. As-tu dîné ? Il y a des boulettes de riz dans le placard.  »
Il me répond sur un ton gentil, auquel il ne m’a pas habitué,  » Oh Merci. Comment va le garçon ? A-t-il toujours de la fièvre « .
[Premier texte du livre]

Le livre présente une nouvelle traduction anglaise du roman de Osamu Dazai la femme de Villon publiée en 1947. Daido Moriyama rend hommage à Osamu Daizai au travers de la sélection de photographies contenues dans le livre. La disposition de l’image et du texte permet au lecteur de suivre la narration de la nouvelle accompagnée par les photographies, reflétant la relation intime entre le travail de l’auteur et la photographie de Moriyama.

 

OTSUCHI-FUTURE-MEMORIES

OTSUCHI FUTURE MEMORIES
ALEJANDRO CHASKIELBERG

Editorial RM, Mexico, 2015

Le 11 mars 2011, le plus violent tremblement de terre dans l’histoire de l’île a secoué le Japon. Villes et villages de la côte ont été écrasés par le tsunami qui s’en est suivi quelques minutes plus tard. La crête de celui-ci atteignant une hauteur d’une dizaine de mètres dans certaines zones et se propageant jusqu’à une dizaine de kilomètres dans les terres. Environ 10 % de la population d’Otsuchi, une petite ville de pêche, a péri ce jour là, 60 % des habitations ont été endommagées. Un an et demi après le tsunami, le photographe argentin Alejandro Chaskielberg a fait son premier voyage à Otsuchi. Un conservateur japonais, avec lequel il avait précédemment travaillé, l’a présenté aux résidents locaux.

Une fois l’eau retirée, la reconstruction commencée et les équipes de presse parties, comment photographier une catastrophe naturelle massive ? Alejandro Chaskielberg s’est affronté à ces questions pour sa série Otsuchi Future Memories. Il a choisi de faire des portraits stupéfiants de familles dans les ruines des maisons et des lieux de travail nivelés par la mer. Les nombreux portraits souvent pris au plus profond de la nuit avec de longues poses et le grand nombre d’images en couleur créent, selon Daido Moriyama auteur de la postface, «  un remarquable récit, le meilleur que j’aie jamais vu du grand tremblement de terre. »

 

roms

ROMS
LA QUÊTE INFATIGABLE DU PARADIS
YVES LERESCHE

Infolios éditions, Gollion, 2015

Le photographe a partagé pendant cinq ans la vie d’une des minorités les plus décriées d’Europe. Peu d’immigrants incarnent autant que les Roms la figure de l’étranger. Non du fait de leur origine balkanique, devenue banale en ces temps de globalisation. Mais en raison du mystère qui les entoure, de leurs déplacements continuels et de certaines de leurs habitudes, telle la mendicité, le repoussoir parfait dans un pays comme la Suisse qui voit dans le travail un facteur d’intégration déterminant et, plus encore, une valeur morale. La familiarité du photographe avec les Roms est éblouissante. Yves Leresche a pénétré dans leur premier cercle, là où hommes, femmes et enfants vivent sans plus de méfiance ni de fard. En Roumanie comme en Suisse, les deux pôles de leurs pérégrinations, il les montre aussi bien dans la rue que dans leur vie privée, en train de jouer aux cartes, de manger, de se laver, de prier, de dormir. Jusqu’au cœur de la nuit.

Visage large, moustache tombante, l’homme retrouve avec effusion ses enfants sur un chemin embrumé de la campagne roumaine. Puis il réapparaît de nuit, couché en plein air avec sa femme dans la périphérie de Lausanne, à quelques pas des lumières de la ville. C’est par ces deux scènes emblématiques de la vie des Roms que commence le livre.

Dans le contexte actuel d’hostilité envers les Roms, les clichés d’Yves Leresche ne possèdent pas qu’une dimension artistique. Ils ont aussi une portée politique. Le photographe l’assume volontiers. « On peut dire aujourd’hui n’importe quoi sur ces gens parce que personne ne les connaît et que personne ne peut démentir les mensonges répandus sur leur compte, explique-t-il. En documentant leur sort, mon travail introduit un peu de réalité dans le débat. »

 

SHŌJI UEDA

SHŌJI UEDA
SHŌJI UEDA

Avec une nouvelle de Toshiyuki Horie
Chose Commune, 2015

Shōji Ueda (1913-2000), l’une des figures remarquables de la photographie japonaise, est resté profondément attaché à sa région natale de Tottori, au bord de la mer du Japon, qui lui a servi de toile de fond pour la majeure partie de son œuvre.

Aventurier sédentaire, Ueda explore inlassablement les dunes qui dessinent le paysage au fil des saisons. Son regard curieux se pose sur tout ce qui l’entoure : une carte du monde, un champ de blé caressé par le vent, une silhouette se promenant dans la neige, sa femme, Norie, dans la neige… Quand Ueda ne flâne pas, il compose des natures mortes de fruits de saison et d’objets incongrus, petits trésors trouvés ici et là.

L’ouvrage rassemble un grand nombre de photographies inédites, en noir et blanc et en couleur. Pour cette première monographie trilingue consacrée à Shōji Ueda, Chose Commune a donné carte blanche à l’écrivain Toshiyuki Horie, auteur entre autres de Le Marais des Neiges, Le pavé de l’ours (deux ouvrages publiés en français par Gallimard). A cette occasion, il a écrit une nouvelle Sous l’invocation du dieu des anciens objectifs, un texte de fiction en résonance avec l’univers singulier du photographe.

 

varda

VARDA / CUBA
AGNÈS VARDA

Éditions Xavier Barral, Paris, 2015

Ce premier ouvrage sur le travail photographique d’Agnès Varda est consacré à la série qu’elle a réalisée à Cuba en 1963. Fascinée par l’énergie qui règne à La Havane et ses environs, entre socialisme et cha-cha-cha, elle rapporte des milliers de photographies prises sur le vif avec l’idée de faire un film.

L’ouvrage présente également un entretien et trois essais s’attachant à replacer le travail de l’artiste dans son époque (François Hourmant), à décoder les liens entre photographie et cinéma (Valérie Vignaux et Karolina Lewandowska) et à porter un regard sur l’ensemble de son œuvre (Clément Chéroux).

Fin 1962, Agnès Varda est à Cuba, un peu moins de quatre ans après la victoire de la révolution. La tension avec les États-Unis est à son paroxysme quelques semaines après la crise des missiles. Son périple s’inscrit dans la tradition des voyages d’artistes et d’intellectuels français à Cuba. Varda est fascinée par l’élan de mobilisation populaire que permet la révolution. Mais elle est loin d’être naïve et demeure critique face aux impasses et aux contradictions du régime. Dans l’une de ses images, Castro apparaît comme un colosse aux ailes de pierre.

De retour à Paris, la cinéaste filme ses photographies au banc-titre. D’une durée de trente minutes, le film sort en mai 1964. Il porte le titre Salut les Cubains.

Les photographies ont la qualité du regard aigu mais toujours en mouvement d’Agnès Varda. La reproduction dans le livre de feuilles jaunies avec de petites vignettes tenues par des trombones et d’indications donnant le plan de montage renforce la tension, créée par l’artiste entre images fixes et images animées, c’est-à-dire entre photographie et cinéma, qui réside au cœur de son œuvre.

 

THE-HOME-FRONT

THE HOME FRONT
KENNETH GRAVES

Mack, Londres, 2015

Les photographies idiosyncrasiques de Ken Graves captent l’humour et le pathos de l’Amérique dans l’époque de transition des années 1960 – 1970. En la regardant depuis la marge, Ken Graves met en évidence les contradictions inhérentes à l’Amérique et à sa culture modelée à la fois par l’idéalisme et le déclin. Il examine et démonte ces mythes et joue sur la tension entre le rêve américain et une dure réalité.

Graves utilise la photographie comme un outil pour documenter le surréalisme quotidien, les épisodes improbables et les accidents heureux qui se déroulent devant l’appareil photo. Comme Garry Winogrand, Graves est concerné par la construction d’un langage photographique différent, littéraire en apparence mais toujours soutenu par une vison politique. Dans sa recherche d’apparitions appartenant à l’héritage culturel américain, Graves se concentre sur l’irruption de choses tout à la fois attendues et surprenantes. Au-delà de l’hyperréalisme des images de foires et de moments de loisirs, il dévoile de l’étonnement, de l’humour, en bref l’étrangeté du quotidien.

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