Kaléido scope

Le choix de la Bibliothèque #06



Une sélection, par Irène Attinger, en relation avec l’air du temps, d’ouvrages rares voire quasi introuvables, participant de la mémoire internationale de l’édition photographique, que l’on peut consulter à la bibliothèque de la MEP.

« En hommage au portraitiste sénégalais Oumar Ly, décédé lundi 29 février, je présente, ici, son livre et ceux de deux grands photographes maliens qui l’ont inspiré Seydou Keïta et Malick Sidibé. »

Seydou Keïta

Textes de André Magnin et Youssouf Tata Cissé
Scalo Verlag, Zürich (CH), 1997

Après avoir commencé la photographie en 1935, Seydou Keïta ouvre son atelier, à Bamako (Mali), en 1948 et se spécialise dans l’art du portrait. Il travaille en noir et blanc, en lumière naturelle. Il connaît très vite un grand succès. Dans son studio, on pose seul, en couple, en famille, en groupe, entre amis, presque toujours positionné par Keita, lui-même. « Quand on est photographe, il faut tout le temps avoir des idées pour faire plaisir au client. C’est à force de travailler que j’ai trouvé les belles poses que les clients aimaient. On cherche à obtenir la position la meilleure, le profil le plus avantageux…, car la photographie c’est de l’art : tout doit être « parfait » chez le client qui ne cherche d’ailleurs qu’à paraître sous ses plus beaux jours. Chez nous i ka nyè tan, en français tu es bien ainsi veut dire en fait tu es beau ainsi. L’art c’est de la beauté. » [Seydou Keïta]. Dans son studio, les clients peuvent se faire photographier avec des vêtements chics, chapeaux et accessoires mais aussi avec poste de radio, vélo, scooter, voiture que Keïta met à leur disposition. Le photographe utilise des fonds à motifs décoratifs qu’il renouvelle tous les deux ou trois ans. Les milliers de portraits qu’il réalise, exempts de toute tricherie, constituent un témoignage exceptionnel sur la société malienne de la fin des années 1940 à 1963. Selon André Magnin : « Seydou Keïta semble avoir intuitivement inventé ou réinventé l’art du portrait à travers la recherche d’une précision extrême. à l’époque du multiculturalisme, cette œuvre d’une rare beauté prend tout naturellement place dans l’histoire mondiale de la photographie. »

 

Malick Sidibé

Texte de André Magnin
Scalo Verlag, Zürich (CH), 1998

Malick Sidibé est né en 1935 à Soloba, d’une famille peule, dans un petit village du Mali. Remarqué pour ses talents de dessinateur, il est admis à l’École des Artisans Soudanais de Bamako, d’où il sort diplômé en 1955. Il fait ses premiers pas dans la photographie auprès de Gérard Guillat dit « Gégé la Pellicule ». Il ouvre le Studio Malick en 1958 dans le quartier de Bagadadji, au cœur de Bamako. Il s’implique dans la vie culturelle et sociale de la capitale, en pleine effervescence depuis l’Indépendance. Le studio Malick devient un lieu de rendez-vous incontournable très apprécié par la jeunesse. Malick Sidibé est présent dans toutes les soirées où les jeunes découvrent les danses venues d’Europe et de Cuba, s’habillent à la mode occidentale et rivalisent d’élégance. En 1957, il est le seul reporter de Bamako à couvrir tous les événements, fêtes et surprises-parties. Le samedi, ces soirées durent jusqu’à l’aube et se poursuivent le lendemain au bord du fleuve Niger. De ses reportages de proximité, Sidibé rapporte des images simples, pleines de vérité et de complicité. « Tout artiste souhaite communiquer son œuvre, c’est le propre de l’homme d’être reconnu pour ce qu’il fait. Les clients veulent aussi avoir un nom impérissable. Leurs photographies resteront longtemps après eux, dans la famille ou chez des amis. La chose la plus authentique, c’est le visage. L’homme a voulu imiter Dieu par le dessin, ensuite on a inventé la photo. » [Malick Sidibé]. Une insouciance et une spontanéité, une ambiance de fête, de jeux, de rires, de vie se dégagent de ses photos.

 

Oumar LY
Portraits de brousse

Texte de Frédérique Chapuis
Filigranes, Trézélan (F), 2009

Originaire de Podor, commune située en bordure du fleuve Sénégal, à la frontière avec la Mauritanie, Oumar Ly a débuté la photo en 1963 et ouvert le Thiofy studio. L’administration du Sénégal, devenu indépendant, l’embauche et l’envoie, accompagné d’un agent de recensement, sillonner la brousse pour tirer des portraits des citoyens qu’il réduira sur l’agrandisseur à de simples clichés d’identité. Il avouera ne pas être toujours à l’aise dans cette situation. Il retourne dans les villages, accompagné d’un peintre de fixés sous verre, pour prendre des images avec une énorme caisse en bois, sorte de sténopé permettant de prendre l’image et de la développer sur place, directement en positif. Il laissait au client son portrait coincé entre le carton et la plaque de verre festonnée de couleurs vives. Il ne reste rien de ces images minutes. Il peaufine sa technique et attire bientôt de nombreux clients dans son studio. Il ne reste aujourd’hui que les milliers de photographies réalisées au Rolleiflex dans son studio ou dans la brousse. Dans la veine du Malien Malick Sidibé, il immortalise les populations de sa ville et de la vallée du fleuve Sénégal, dans leur diversité et dans leur modernité. Aux côtés des nobles en boubous, il photographie les jeunes yéyés, les filles à la mode. Une étoffe permet d’isoler ce qui paraît ingérable dans le cadre : l’extérieur insignifiant et superflu. Les modestes accessoires, un tabouret, un seau de plastique ou le grain d’un mur de pisé parachèvent le portrait de la famille ou du village tout entier. Faire ressurgir aujourd’hui ces images dans l’intégralité de leur prise de vue, avant que le photographe ne procède au recadrage, en offre une autre lecture, une lecture occidentale cette fois. Oumar Ly a consenti à cette publication, même si, pour lui, l’unique image reste et restera celle qu’il a fait apparaître à la lumière de son agrandisseur, et telle qu’il l’a remise à son client. Une image qui depuis a pâli à la lumière ou moisi l’hiver. Autant de reflets de lumières que le temps a engloutis. Des images justes, simplement justes et libres.

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