Kaléido scope

Le choix de la Librairie #33



Chaque mois, retrouvez le choix de la librairie, par Irène Attinger : une sélection d’ouvrages parmi les nouveautés en vente à la librairie de la MEP, qui, en raison de leur originalité, de leur qualité éditoriale ou de l’importance de leur contenu, participent de l’image de l’édition photographique internationale.

UNKNOWN #2,
TENTATIVE D’ÉPUISEMENT D’UN LIVRE

STÉPHANE DUROY

Leporello, 63 photographies en couleur, 64 pages
Filigranes | Anthea | Le Bal, Trézélan / Paris / Munich, 2016

En 2007, Stéphane Duroy publie chez Filigranes le livre Unknown, composé de photographies prises lors de nombreux voyages aux États-Unis. L’auteur propose un voyage mélancolique dans une identité américaine, forgée par l’errance et l’exil. Il réalise à New York et dans le Montana des images marquées par l’éphémère. Le livre, qui tire son titre d’une trentaine de tombes avec pour seule épitaphe le mot unknown (inconnu), alterne visions urbaines fantomatiques, grands espaces dépeuplés et objets hétéroclites. Issu de l’exil, l’homme américain, au prix d’un reniement de sa propre mémoire, intègre une nouvelle conception du monde fondée sur l’éphémère, l’abandon et le mouvement perpétuel.

Du fait d’un léger défaut d’impression, il récupère une centaine d’exemplaires non commercialisables de son livre. À partir de 2009, il se détache de la photographie et met en place un processus de travail dans lequel collages, coupures de presse, photographies anonymes, peintures, ratures et déchirures, viennent nourrir l’ouvrage d’origine qu’il ne cessera de démanteler. Ce geste de destruction et de reconstruction, par l’ajout de couches de matières successives, vise à dépasser une surface photographique devenue trop pauvre au goût de l’auteur. Les vingt-huit livres-objets produits entre 2009 et 2017 deviennent les catalyseurs de ses obsessions. Cette tentative d’épuisement d’un livre, un sous-titre qui évoque inévitablement Georges Perec, permet à Stéphane Duroy d’aller au-delà de sa photographie, d’en casser les codes et d’explorer de nouveaux territoires d’expression. Ce travail est toujours en cours.

Deux expositions d’images tirées de différentes séries de Stéphane Duroy ont lieu actuellement sous le titre Again and again :
Le Bal, 6 impasse de la Défense 75018 Paris, du 6 janvier au 2 avril 2017
Espace Photographique Leica, 105-109 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris, du 6 janvier au 8 avril 2017

  • © Stéphane Duroy

  • © Stéphane Duroy

  • © Stéphane Duroy

  • © Stéphane Duroy

  • © Stéphane Duroy

  • © Stéphane Duroy

  • © Stéphane Duroy

 

4THE LAST SON
JIM GOLDBERG

Super Labo, Tokyo, 2016.

Dans The Last Son, Jim Goldberg, né en 1953, parle de son enfance compliquée de fils cadet, né longtemps après ses aînés et confronté à un père dépressif et malade chronique. Les émeutes raciales de 1968 et les affrontements entre les Black Panthers et les unités d’élite de la police, le poursuivent jusque dans son collège. Il décrit les confrontations quotidiennes à la table familiale au cours desquelles ses parents lui font sentir qu’il est bien le dernier fils dans tous les sens du terme. Tout cela le conduit à des fugues, sur un mode quelque peu velléitaire. À 18 ans, il quitte la maison et commence à pratiquer la photographie. En 1973, il suit un atelier photographique à Boston et, selon ses propres termes, « photographie tous et tout ». Il décrit ensuite, se concentrant sur des périodes d’environ un mois, ses séjours au Nord-Ouest des États-Unis, à Philadelphie et en Californie. Son récit s’arrête à la fin février 1975.

Le livre retrace le développement de Jim Goldberg en tant qu’artiste. Jouant avec des photos de famille et des notes manuscrites issues de son passé, il explore, pour lui-même et pour le lecteur, sa maturation en tant qu’artiste. Mélangeant photographies, photogrammes tirés de films familiaux, collages, textes manuscrits et dactylographiés, il puise dans ses archives pour construire un récit à partir de ses tous premiers clichés.

Le livre, conçu par Jim Goldberg et magnifiquement édité par Super Labo, permet de percevoir le processus par lequel l’auteur donne du sens à sa démarche en explorant de nouvelles formes narratives et les combinaisons possibles entre texte et image. Comme il l’a déclaré en recevant, en 2007, le prix Henri Cartier-Bresson (pour son projet The New Europeans) :
« J’ai le privilège d’être à la fois témoin et narrateur. L’intimité́, la confiance et l’intuition guident mon travail. »

  • © Jim Goldberg

  • © Jim Goldberg

  • © Jim Goldberg

  • © Jim Goldberg

  • © Jim Goldberg

  • © Jim Goldberg

 

DISPARITIONS
HELEN ZOUT

The Eyes, Paris, 2016

Helen Zout, née en 1957 en Argentine, étudiante en anthropologie à l’époque de la dictature, a choisi la photographie pour plonger dans le labyrinthe de la mémoire. Disparitions rassemble des photographies trouvées ou réalisées par Helen Zout : « le livre raconte les marques laissées par les disparitions de personnes sur les survivants et familles des victimes de la dernière dictature militaire d’Argentine pendant les années 1976 – 1983 ».
Organisées en six livrets correspondant à différentes archives, les images vibrantes, imprécises sont d’une très grande puissance. Les visages des victimes des militaires ont été saisis sur un très long temps d’exposition. Les gros plans sur les yeux interpellent directement le lecteur. Seul un dessin, fait par une victime, montre explicitement la violence des tortures.

« L’objectif de ces dictatures militaires ne s’arrête pas à la mort de la victime mais va jusqu’à la disparition du cadavre, explique-t-elle. C’est peut-être là que réside la plus grande perversion des disparitions forcées ; au-delà de la perte de la vie, l’impossibilité de la mort. C’est pour cela que les proches des disparus ne représentent pas seulement une mémoire, mais aussi une attente éternelle et désespérante…une perpétuelle recherche. Je veux capter ces marques indélébiles laissées sur les survivants et les familles. »
Helen Zout

Près de 30 000 personnes ont disparu et un peu plus de 2000 ont été libérées des centres clandestins de détention disséminés dans le pays. À la fin de la dictature, des lois d’impunité et de remise de peine ont permis aux bourreaux de jouir de leur liberté. Ce n’est qu’en 2003 que ces lois ont été abrogées. Aujourd’hui, les parents de disparus, les anciens détenus-disparus et les enfants de disparus, travaillent, étudient, éduquent leurs enfants, tout en menant une interminable quête : D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Pourquoi sommes-nous vivants ? Les survivants porteront, leur vie durant, les empreintes indélébiles de la disparition. Les photographies réalisées et collectées par Helen Zout synthétisent les questions, les réponses, les incertitudes. Sa réflexion participe aux côtés d’autres œuvres, comme celles de Marcelo Brodsky, Gustavo Germano ou Martin Acosta, à une recherche et une investigation indispensables.

  • © Helen Zout

  • © Helen Zout

  • © Helen Zout

  • © Helen Zout

  • © Helen Zout

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