A la croisée des images
Vidéos de la collection Neuflize Vie

La MEP

A la croisée des images

L'exposition

Image
© Ali Kazma

L’exposition A la croisée des images présente 7 oeuvres vidéo de 7 artistes internationaux sélectionnés par Jean-Luc Monterrosso dans la collection Neuflize Vie.Partenaire de la MEP depuis plusieurs années, Neuflize Vie a constitué, au fils des ans, une importante collection comptant plus de 800 ouvres photographiques et vidéographiques. Elle est le fruit d’un engagement pour le rayonnement de la création d’aujourd’hui, de rencontres avec des artistes.

L’exposition s’ouvre sur une ouvre du vidéaste Belge David Claerbout, dont le travail, influencé par les écrits de Gilles Deleuze, tisse des croisements entre l’image photographiée et l’image filmée. Sa vidéo Untitled (single channel view) est emblématique de sa recherche pour animer et activer la photographie.
Dans un hommage au cinéma expérimental et à ses pionniers, tels que Georges Méliès ou Norman McLaren, Hugues Reip crée dans Dots un univers où se côtoient le cosmique et le microscopique.
Avec Clerk (cler de notaire), Ali Kazma continue d’inventorier lieux de travail, manières de travailler et conditions de l’activité humaine concrète aujourd’hui, en des lieux variés. Avec poésie, il y interroge les gestes d’un travail manuel qui se traduit en une sorte de danse.
Sous le regard du jeune artiste chinois Zhenchen Liu, un quartier de Shanghai en ruine dévoile la dévastation de la ville, réelle mais d’une beauté poignante.
Aspect, la vidéo d’Emily Richardson condense, en quelques minutes, des photographies prises dans une forêt pendant une année, dévoilant ainsi la vie secrète de ce territoire naturel.
Miguel Angel Rios, lui, met en scène, de manière métaphorique, à travers un ballet de toupies blanches et noires, l’ancestrale lutte du bien et du mal.
Enfin, avec Last Year at Marienbad , une ouvre énigmatique et onirique, Kota Ezawa, artiste allemand d’origine japonaise, revisite certaines scènes du film mythique d’Alain Resnais.

Cette exposition, grâce à la confrontation entre l’image fixe et l’image animée, invite à une réflexion sur notre relation au temps et au mouvement.

Commissaire : Jean-Luc Monterosso

Artistes

David Claerbout
Belge, né en 1969 à Courtrai, Belgique. Vit et travaille à Bruxelles.
David Claerbout compare les photographies à “une peau qui peut être touchée”, pour signifier le pouvoir d’émotion et de sensation que la fixation sur papier d’une image fugace, d’un instant passé, peut provoquer. Pour cet artiste dont les ouvres basées sur des images mobiles constituent le cour du travail, il est nécessaire de faire sentir et vivre la photographie, médium incapable d’exister dans le présent. La vidéo Untitled (single channel view) – dont une version comprenant deux écrans existe également, présentant à la fois la salle de classe et une vue extérieure – est emblématique de cette recherche pour animer et activer la photographie. Elle appartient à une série de cinq ouvres où le vent révèle et actionne des images immobiles dont un élément se meut, par intermittences. Dans son travail, David Claerbout supprime, ou plutôt lutte contre, une dichotomie entre image mobile et image immobile, entre regardeur et regardé.
Clément Dirié

Kota Ezawa
Allemand, né en 1969 à Cologne (Allemagne). Vit et travaille à San Francisco.
Formé à la prestigieuse Düsseldorf Kunstakademie, Kota Ezawa, d’origine japonaise, est emblématique de cette génération d’artistes pour qui la vidéo et l’animation sont devenues des moyens d’expression aussi légitimes que la peinture et la photographie. Le “rotoscoping”, l’une de ses techniques privilégiées, consiste à redessiner à l’ordinateur, image par image, des scènes issues du cinéma et de la télévision puis à les relier entre elles pour créer des films d’animation à l’aspect artisanal. Pour ses ouvres, qu’il qualifie lui-même de “peintures mobiles”, il s’inspire de figures iconiques (John Lennon, Susan Sontag), de l’histoire de l’art et du cinéma, de la culture populaire qu’il traduit en films d’animation. Grâce à une esthétique minimaliste, sa relecture d’images mythiques de la culture contemporaine lui permet d’interroger la fabrique de l’image mobile et la manière dont nous, spectateurs, recevons et comprenons les productions culturelles.
Pour LYAM (Last Year at Marienbad), Kota Ezawa a entrepris une adaptation de L’Année dernière à Marienbad, film mythique réalisé par Alain Resnais en 1961. Ne s’attachant qu’aux scènes où les acteurs, immobiles, semblent les survivants d’une civilisation disparue, sa relecture donne naissance à des personnages statufiés, évoluant dans des architectures écrasées par le poids des conventions. Soulignant l’esthétique du Nouveau Roman à l’ouvre dans le film original, LYAM est une ouvre énigmatique, faite de déplacements subtils et codifiés, où la technique semble, elle aussi, à la recherche du temps perdu.
Clément Dirié

Ali Kazma
Turc, né en 1971 à Istanbul où il vit et travaille.
Formé au cinéma à New York, Ali Kazma choisit d’utiliser la caméra vidéo, plus légère et moins intrusive qu’une équipe de cinéma, pour s’introduire dans les lieux de travail dont il a fait son sujet principal. Ce choix de discrétion et de respect évoque la démarche de l’anthropologue qui cherche la bonne distance pour comprendre les rouages sociaux d’un groupe humain, avec objectivité et dans le souci d’une vérité, ici plus poétique que scientifique. La caméra, mobile et inquisitrice, change de focale selon les besoins, saisissant au passage des moments de pure beauté : la danse frénétique d’une repasseuse, la fusion du métal, le ballet des fils,… Qu’il filme l’univers complexe d’une chaine de fabrication de jeans ou de barres de fer, ou encore le travail solitaire d’un horloger, l’artiste restitue l’engrenage parfait des gestes et des machines à l’ouvre sur la matière inerte, sans effet ni pathos, ni aucun son ajouté. Kazma a fait le choix de représenter l’homme dans son rôle de producteur, non de consommateur. Ni héros ni victime, totalement absorbé par son travail, cet homme, comme l’artiste, est en train de façonner un monde en constante recomposition (comme l’indique le titre de la série “Obstructions”).
Clerk (clerc de notaire) inaugure une approche plus focalisée sur un geste professionnel spécifique, isolé et reconstitué en studio. Cet opus au rythme tendu est composé comme une pièce musicale. Il condense en quelques minutes des heures de tournage.

Zhenchen Liu
Chinois, né en 1976 à Shanghai. Vit et travaille à Paris et Shanghai.
Zhenchen Liu – jeune artiste chinois né à Shanghai et qui a poursuivi ses études d’art en France (à la Villa Arson de Nice puis au Fresnoy, Studio national à Tourcoing) – parvient dans Under Construction à restituer l’impact des transformations urbanistiques par le jeu de procédés techniques subtils (association de photographies et de mouvements virtuels), à travers un long travelling en vue subjective traversant un quartier de la ville de Shanghai. Comme aspirée par les béances d’un décor en lambeaux, une caméra errante retient les derniers souffles d’une vie que le chantier lamine, saisissant dans ces ruines les spectres et les fantômes d’un monde presque englouti. Sur la trame de ces archives, se détachent les blessures et les humiliations produites sur les corps, bien réels, de ceux qui ne peuvent ou ne veulent suivre la marche d’un progrès toujours autoritaire.
Christophe Kihm

Hugues Reip

Français, né en 1964 à Cannes, France. Vit et travaille à Paris.
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, Hugues Reip développe une ouvre multiforme entre dessin, sculpture, vidéo, photographie et un intérêt net pour la musique, ouverte à toutes les possibilités. « Je continue d’avoir en tête d’expérimenter les choses, que ce soit en musique ou dans mes films d’animation. Je prends le hasard assez au sérieux. » Son attention se porte au caché, à la vie secrète des choses dissimulée sous leurs surfaces, à l’infiniment petit comme avec Dots. Christophe Domino parle de sa recherche d’ “une qualité en creux, entre attente, surprise, indifférence amusée et détachement feint”. Dans cette vidéo, il met au jour particules, poussières, points, atomes en utilisant un simple motif animé. Cet élevage de poussière, cette vidéo éprouvette trace un chemin entre microcospique et cosmique, typique de cet artiste qui joue sur les échelles et les dimensions.
Clément Dirié

Emily Richardson

Anglaise, née en 1961 à Oxford. Vit et travaille à Londres.
L’ouvre singulière et ambivalente d’Emily Richardson explore l’environnement qui nous entoure en cherchant à en capter l’énergie et le mouvement, mais aussi l’étrangeté et le mystère. Pour l’artiste, la caméra est l’outil d’un enregistrement précis du réel et une sorte de dévoilement de vie secrète du territoire naturel ou urbain lorsque nous n’y sommes pas ou plus : la ville la nuit, l’épaisseur de la forêt, la ligne d’horizon en pleine mer. Soutenus par un travail de montage extrêmement minutieux et accompagnés par une bande-son particulièrement travaillée, ses films nous font ainsi vivre une expérience inédite et particulièrement intense du paysage. Aspect a été réalisé dans un bois de la campagne anglaise pendant un an, l’utilisation de techniques photographiques de haut niveau permettant ensuite de résumer par montage – et sans trucage – ces 365 jours d’observation patiente en quelques minutes de film. La forêt nous y apparaît telle que nous la connaissons et nous la visitons, mais aussi de façon totalement nouvelle. Comme si les effets d’ombre et de lumière, mais surtout de mouvement et de sons, avaient le pouvoir d’en traduire l’organisation interne, à l’image d’un organisme palpitant, vivant et vibrant, et presque inquiétant. Vision écologique autant qu’onirique sur la nature.
Charles-Arthur Boyer

Miguel Angel Rios

Mexicain, né en 1943 à Catamarca (Argentine). Vit et travaille à Mexico et à New York. Miguel Angel Rios est un vidéaste à l’esthétique très construite, stylisée, marquée par le cinéma des années 1920 et la culture sud-américaine. Formellement simples, ses vidéos en noir et blanc traitent des relations humaines, principalement placées sous le signe du conflit. Qu’elles soient réalistes ou métaphoriques – comme dans la série des toupies dont Fuera de Foco fait partie -, ses ouvres sont de courtes séquences où des forces antagonistes luttent sans que l’issue ne paraisse claire.
Dans Fuera de Foco [Flou, en anglais “Out of Focus”], l’artiste propose un ballet d’objets inanimés. Des toupies – jouet millénaire et objet fétiche d’Angel Rios – blanches et noires, en bois de goyave, de tailles et formes différentes, semblent prises de mouvements infinis et contraires, s’entrechoquant sans cesse. Lutte du bien et du mal ? Réécriture contemporaine du constructivisme et des théories du Bauhaus ? Simple enregistrement d’un antique jeu mexicain réalisé sans trucage numérique ? Quelle que soit la signification de cette danse frénétique – jeu, conflit, combat ? -, cette foule de toupies anthropomorphes déploie un rituel hypnotique, défiant la gravité et empreint d’une violence à la fois sauvage et orchestrée, esthétisée et inquiétante.
Clément Dirié

Autour de l’exposition

Visite conférence : Aline Pujo, conservatrice de la collection Neuflize Vie, présente l’exposition “À la croisée des images accompagnée d’un conférencier, le mardi 22 mai à 18h (pour les Abonnés et Amis de la MEP)
Pour plus d’informations, reportez-vous à la rubrique “Les visites et conférences”.

Visites : Des visites commentées de l’exposition sont proposées
• Pour les enseignants, le mercredi 11 avril à 14h30, sur réservation.
• Pour les groupes scolaires (à partir du collège), du mercredi au dimanche de 11h à 20h, sur réservation.
• Pour les groupes d’adultes, du mercredi au dimanche de 11h à 20h, sur réservation.
• Pour les abonnés et les individuels, le samedi 12 mai à 15h et le jeudi 31 mai à 18h, sur réservation.
Pour plus d’informations, reportez-vous à la rubrique “Les visites et conférences”.