Maison Européenne de la Photographie

André MartinDarlinghurst Heroes - pages australes


Né en 1956 à Québec, André Martin n'est pas un artiste avec une production linéaire, c'est-à-dire où une œuvre mène à la suivante. Il fonctionne par projet et ne peut se limiter à un seul média. Parfois, il lui semble plus approprié d'utiliser la peinture, de faire des objets, et parfois la photographie lui semble mieux convenir.

Né en 1956 à Québec, André Martin n’est pas un artiste avec une production linéaire, c’est-à-dire où une œuvre mène à la suivante. Il fonctionne par projet et ne peut se limiter à un seul média. Parfois, il lui semble plus approprié d’utiliser la peinture, de faire des objets, et parfois la photographie lui semble mieux convenir. En revanche, André Martin y associe toujours l’écriture. Le texte est devenu, avec les ans, de plus en plus élaboré, jusqu’à prendre la forme d’un livre. Entre le visuel et le texte s’installe un dialogue. Bien qu’il y ait une autonomie totale entre ces deux univers, ils sont tout deux complémentaires.

Dans « Darlinghurst Heroes » (Éd. Les Herbes Rouges, Montréal, 1994), c’est le suicide d’un ami qui a provoqué le projet. Ne sachant que faire de cette douleur-là, André Martin a voulu réfléchir sur la question de comment rendre publique une douleur intime. Cette intimité de la douleur n’est pas intéressante pour autrui, mais comment y parvenir ? Que faut-il effacer de l’anecdote pour toucher l’autre, sans tomber dans l’obscénité ?

« C’est au Broad, en 1983, que j’ai rencontré Paul Andrew Weber (K. dans le livre). Il faisait un tour du monde comme beaucoup de jeunes australiens, puis rentrait à Sydney pour entreprendre sa pratique médicale et y ouvrir la première clinique pour les gens souffrant de cette maladie nouvelle. Plusieurs années plus tard, à la recherche de jeunes photographes dont je souhaitais présenter les œuvres à Montréal, je suis parti pour Sydney où je l’ai retrouvé.

Il habitait alors Darlinghurst, un quartier en mutation. Nous aimions nous y promener après dîner et, un jour, j’ai eu l’idée de photographier des intérieurs de maisons depuis les petits jardins, à travers les fenêtres, des images volées de pièces sans personnages. J’aurais ensuite inventé des histoires, celles de la vie des habitants de Darlinghurst, j’aurais écrit des récits des occupants que nous ne verrions pas. La police australienne m’a vite arrêté pour voyeurisme, mais n’a pas confisqué mes pellicules.

K. m’a convaincu de terminer mon séjour en allant faire de la plongée sous-marine au Nord-est du continent, à la grande barrière de corail. Sur les plages de Port Douglas, j’ai été fasciné par de tout petits crabes transparents qui creusaient leurs abris dans le sable en ramenant à l’extérieur les boulettes d’excavation joliment disposées autour du trou. Cela créait sur la surface lisse d’étranges configurations, des chapelets fragiles entre braille et calligraphie. Ce n’est qu’une fois sur la planche contact que je pensai à des agrandissements de virus. À mon retour, j’apprenais que mon ami s’était suicidé. Pendant six ans, le médecin roux de Darlinghurst faisait face à l’échec. »

André Martin

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