Anna & Bernhard Blume
SX 70/Polaroïds 1975-2000

La MEP

Anna & Bernhard Blume

Avec environ 270 Polaroids originaux, l'exposition dévoile un travail jusqu'ici méconnu. Quatre séries distinctes rythment le parcours du visiteur : "Polaroids SX-70 - 1975/1976", "Naturellement - 1982/1985", "En regard - 1986/1988" et "Le Principe de cruauté - 1989/ 2000".

L'exposition

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Sans titre (Naturellement), 1982-85. Polaroid, 8 x 8 cm © Anna & Bernhard Blume / ADAGP, Paris 2010

Depuis les années 1970, ces artistes basés à Cologne ont collaboré à l’élaboration “d’actions photographiques”, produisant des séries dans lesquelles ils se mettent en scène et font mine de documenter des scènes paranormales se produisant dans l’intérieur traditionnel d’un couple allemand “petits-bourgeois”, ou dans des lieux extérieurs emblématiques de l’art germanique (comme la Forêt Noire). Ces travaux, connus du grand public en France depuis l’exposition du Centre National de la Photographie en 1998, se présentent principalement sous forme de très grands tirages noir et blanc dans lesquels le couple pose le problème de la perception et de la nature de la vérité, au moyen d’un médium censé être objectif : la photographie. Des scènes burlesques, dans lesquelles les artistes sont assaillis par des objets volants, interrogent la nature humaine et sa faculté de réflexion.

Les Polaroids présentés ici sont très représentatifs de ces travaux, mais prennent, de fait, une forme complètement différente : il s’agit uniquement de petits formats couleur. À la fois banals et précieux, intimes et loufoques, ils s’agencent en petites scénettes minutieusement mises en scènes qui n’ont pas moins de force plastique que leurs pendants monumentaux, et connaissent une évolution stylistique qui leur est propre. Avec environ 270 Polaroids originaux, l’exposition dévoile un travail jusqu’ici méconnu. Quatre séries distinctes rythment le parcours du visiteur : “Polaroids SX-70 – 1975/1976”, “Naturellement – 1982/1985”, “En regard – 1986/1988” et “Le Principe de cruauté – 1989/ 2000”.

Polaroid SX 70 – 1975/1976
1975, cadeau d’un Polaroid SX 70 à Anna & Bernhard Blume de la part de l’éditeur colonais Wolfgang Hake.
Essais et application ludiques de l’appareil à “photos instantanées” pour une “subversion polaroïdale du réalisme photographique” et contre la croyance florissante en une “ontologie de la photographie”.
Quelques clichés au flash aux fins de “fondu enchaîné réflexif et diffusion transcendante” de l’invisible vers le visible.
Adaptation esthétique des 16 couches photochimiques du SX 70 pour une utilisation alchimique de la photographie en tant que peinture.

Naturellement – 1982/1985
Le mouvement écologique des années 80 en Allemagne.
Les “Verts” – et le chamanisme naturel de Joseph Beuys.
La série de polaroids des Blume Naturellement est à la fois une paraphrase de ce chamanisme artistique et une déconstruction plastique du cliché romantique de la “nature”.
Parallèlement, le mouvement féministe des années 80. – Le rôle de la femme au sein du patriarcat et l’illustration visuelle, par Anna Blume, de la question : “Les femmes sont-elles capables de penser ?” – Rupture ironique des deux artistes avec la fixation idéologique et le fondamentalisme latent de ces discours contemporains. – Subversion méthodique des clichés esthétiques et photographiques au Polaroid.

En regard – 1986/1988
“Portraits en regard” réunis en un destin commun et avec toutes sortes d’objets en plastique. – Objectivation haute en couleurs des sujets par démonstration polaroïdale du « déterminisme magique”. – Réduction destructive de la catégorie du “portrait” (par abaissement) au niveau de l’objet. – Nouvelle vérité : les objets entretiennent un lien de parenté avec nous, peut-être même d’identité. – Moi, toi, lui, elle, ça, sont en fait en plastique ! (Comme l’avait déjà pressenti Freud).

Le principe de cruauté – 1989/2000
“Les vérités doivent être robustes.” (Clément Rosset) – Nouvelles expérimentations d’une mutuelle « auto-perception comme alter-perception”. – Au fil des ans et parallèlement aux éclaircissements rigides de Rosset sur “l’idiotie du réel”, l’objectivation photographique réciproque vire au cruel-grotesque. – Le spectacle forme/couleur de l’orgie polaroïdale comme peinture avec d’autres moyens. – Démenti définitif de la mythologie du portrait et de l’autonomie du sujet invoquée par son truchement. – An-esthésie du “cruellement réel”.

Commissaire : Emmanuelle de l’Ecotais

Catalogue : Un livre, publié par les Editions Walther König, accompagne l’exposition.