Bernard Dufour
Les clichés-verre

La MEP

Bernard Dufour

Le cliché verre est une plaque de verre dessinée, peinte. Il est l'équivalent du film négatif. L'image (le positif) photographique est une épreuve papier, soit argentique, soit cyanotypique.

L'exposition

Image

“Quand je collectionnais les gravures de Rodolphe Bresdin, je regardais attentivement les catalogues de vente de gravures. J’aime beaucoup les eaux-fortes de paysages de Corot et quelquefois la description donnait l’indication suivante “cliché-verre”. Cette mention m’intriguait, d’autant plus que la reproduction aurait pu être celle d’une gravure sur cuivre. Paul Prouté m’expliqua sommairement, un jour, à ma demande, le procédé. Corot vernissait une plaque de verre et dessinait comme sur un cuivre. Mais au lieu de faire tirer par un taille-doucier, il faisait tirer par un photographe au labo sur un papier photo sensibilisé, argentique ou autre. J’en fis autant en 1985, un autoportrait, pour accompagner une exposition de mes peintures au château de Jau à Cases de Pène, chez Sabine Dauré, puis je l’ais fait tomber.

Mais après avoir fait en 1997-1998 avec le taille-doucier Controu des épreuves “photogravées” de certaines de mes photographies, je me réintéressais à cette pratique bizarre du cliché-verre. Ce mélange de dessin, de gravure et de photographie me passionnait. L’acide transmuant la photo ou la photo faisant venir le dessin.

“Dès l’invention de la photographie, les peintres et les graveurs s’en emparèrent. Charles Nègre invente la photogravure, d’autres, graveurs également, le cliché-verre. J’imagine que l’un deux tirant par contact un de ses négatifs sur verre avait accidentellement rayé la gélatine au dos de la plaque, et qu’il découvrit que l’épreuve était balafrée. Le cliché-verre était inventé. Il n’y avait plus qu’à graver une plaque vierge après l’avoir développée au labo afin de noircir toute la gélatine pour rendre cette plaque photographique semblable à une planche de cuivre vernie au bitume. Puis à tirer par contact sur un papier photo. Le graveur obtenait alors une image sur papier de son dessin. Delacroix s’essaya (un lion, bien sûr) mais abandonna. Corot et ses amis devinrent de superbes praticiens du cliché-verre. Picasso en réalisa quelques-uns avec Dora Maar, très forte au labo ; Man Ray en fit autant.”

Bernard Dufour

Le cliché verre est une plaque de verre dessinée, peinte. Il est l’équivalent du film négatif. L’image (le positif) photographique est une épreuve papier, soit argentique, soit cyanotypique.