Maison Européenne de la Photographie

Catherine Ikam & Louis FlériPortraits. Réel/virtuel


" Le visage humain est une force vide, un champs de mort, la vieille revendication révolutionnaire d'une forme qui n'a jamais correspondu à son corps, qui partait pour être autre chose que le corps "

 » Le visage, c’est ce qui s’en va  » écrit Antonin Artaud dans le texte qui accompagne son exposition de dessins à la galerie Pierre en 1947.
 » Le visage humain est une force vide, un champs de mort, la vieille revendication révolutionnaire d’une forme qui n’a jamais correspondu à son corps, qui partait pour être autre chose que le corps  »

Il me semble révélateur de s’interroger aujourd’hui sur la notion de l’identité à l’âge électronique et plus particulièrement sur les questions de l’identité et de l’apparence, du vivant et de l’artificiel, de l’humain et du modèle. En effet, on peut se demander: Quelle image de nous-mêmes nous renvoient les différentes technologies qui nous entourent? Que deviennent les notions d’identité et d’altérité à l’heure de la réalité virtuelle, des leurres numériques, des clones ? Ce qui m’intéresse, en tant qu’artiste, c’est d’élaborer des dispositifs qui servent de support à l’apparition et à la disparition, au surgissement et à l’absence.

Ce qui m’intéresse :
C’est le visage/paysage
Le visage/territoire
Le visage lieu de désorientation;

Le portrait est né de l’absence.

Avec l’utilisation des technologies numériques, le portrait change de nature ; il cesse d’être la référence ultime de l’identité. Je voudrais évoquer la technique ancienne des masques de cire. Ce qu’on obtient par saisie laser n’est pas très différent : il s’agit d’un moule numérique sans épaisseur, d’une grande élasticité, qui constitue la matière première de toutes les manipulations à venir.

Il sera facile ensuite de modifier à volonté tous les paramètres de ce visage et de son environnement. La distinction habituelle extérieur/intérieur n’existe plus; il s’agit d’un portrait en creux; la texture laquée de la peau joue comme une paroi de verre sur laquelle se reflète une source de lumière virtuelle, créant une distance supplémentaire.

Le visage devient un artefact, un modèle réalisable et modulable à l’infini. Il n’est plus lié à un support chimique ou magnétique, photo, film ou vidéo, mais dorénavant susceptible de toutes les transformations ; il est à la fois trace, vestige et devenir. Par exemple, il devient possible d’animer un visage avec des expressions calculées par ordinateur qui n’auront jamais été les siennes sans qu’aucun moyen ne permette de déceler cette substitution. Une dialectique ambiguë s’installe entre l’original et son double. Autour de la thématique du portrait numérique, l’exposition présente des tirages sur papier, des installations vidéo, un environnement virtuel, réalisés depuis 1997.

Catherine Ikam 1998

À l’occasion de l’exposition, un livre est édité par la Maison Européenne de la Photographie.

Biographie :
Catherine Ikam est artiste plasticienne.
Elle a été Research Fellow au Massachussetts Institute of Technology, auteur-producteur de programmes sur Antenne 2 consacrés aux nouvelles technologies, coauteur (avec Tod Machover) d’un opéra vidéo Valis, coproduit par l’Ircam et le MNAM (Musée National d’Art Moderne) pour le 10ème anniversaire du Centre Georges Pompidou.

Depuis 1992, elle s’intéresse aux environnements virtuels interactifs en temps réel. Elle a conçu, en collaboration avec Louis Fléri, « L’Autre », présenté pour la 1ère fois en 1992 à la fondation Cartier pour l’Art contemporain puis, « Le Messager », présenté en 1995 à l’exposition Cités Cinés 2 à La Défense et enfin « Alex », présenté pour la 1ère fois, le 13 juin 1996, pour l’inauguration des nouveaux espaces de l’IRCAM. Ces deux dernières œuvres, associent des dispositifs de modélisation en temps réel des images et des sons.

Les portraits virtuels présentés pour la première fois à la biennale d’Art contemporain de Lyon (décembre 1995), prolongent les investigations de Catherine Ikam sur le concept de l’identité à l’âge électronique, commencées avec « IDENTITE III » en 1980, « VALIS » en 1987 et « L’AUTRE » en 1992.

Prix Arts Electronica, Mention Art Interactif 1993, Linz
Prix spécial du Jury Cyberstar 1995, Cologne
Catherine IKAM est Chevalier des Arts et Lettres.

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