Chantal Stoman
L’Image Culte

Chantal Stoman

L’Image Culte
A Rome, j’ai choisi d’observer une religion qui n’est pas la mienne.
Moi qui ne connais que le Texte, seule référence du Judaïsme, j’ai voulu observer, la place de l’image dans la foi catholique.

Chantal Stoman

L'exposition

Image
Chantal Stoman, de la série L’Image Culte, Rome, 2013-2014 ©Chantal Stoman

Chantal Stoman est courageuse. Car il y a quelque danger à vouloir faire des images à Rome. Cette capitale de la chrétienté a nourri depuis des siècles une passion déraisonnable pour l’image qui a engendré la peinture, l’a alimentée en histoires et en motifs.

Rome est bien le lieu origine des images. Alors comment se confronter, en photographe, à cette ville ? Comme un archéologue le ferait d’un site fragile à ciel ouvert, l’œil de Chantal Stoman fouille et gratte de son objectif-pinceau le feuilleté d’images sacrées. Elle met ainsi au jour les couches sédimentées d’une ferveur profane et protéiforme.

Comment ne pas s’enchanter, comme elle, de cette profusion, et des surprises qu’elle réserve ! Où que le regard se pose, l’image est là qui palpite, avec plus ou moins d’intensité, dans les lieux les plus ordinaires. Ici des vierges Marie trônent, au-dessus du canapé, dans des intérieurs sans qualité, ou en surplomb d’une volée de boites aux lettres, en véritable madone des postes, là un Jésus post punk se déploie, sur l’étonnante dentelle tatouée d’un avant-bras, et partout des croix : croix de bois innocemment suspendue sur l’étoffe blanche de l’aube d’une première communiante, ou croix de fer dans la vision de ce crucifix, perdu au milieu des dizaines d’images fétiches – dont un poster de l’AS Roma saison 82/83 …

L’image sacrée, – logotype ou narration – est partout. Elle n’ignore aucun lieu, aucune situation, ne fait pas de manière pour s’afficher. Qu’importe la cimaise, qu’importe l’encadrement dans ce musée « pauvre », pourvu qu’il y ait…Mais qu’il y ait quoi ? Que poursuit donc la photographe, dans cette traque obstinée des manifestations de la ferveur, toute païenne, pour l’image sacrée ? Peut-être la trace de ce qui fut. Car – pour reprendre un verset du Talmud – l’invisible paraît toujours rayonner dans le visible. Comme une étoile qui continuerait d’émettre très faiblement son signal, son clignotement lumineux, – silencieuse palpitation d’une foi fatiguée mais qui troue encore la nuit. Mais pour combien de temps ?

Thierry Grillet
Directeur de la diffusion culturelle
Bibliothèque nationale de France

 

 

 

Commissariat : Béatrice Andrieux

Exposition co-produite par Nicolas Levy, Le Joker. Exposition organisée dans le cadre du Tandem Paris-Rome, avec le soutien de l’Institut Français et de la Mairie du 4ème