• Autoportrait, fragments de gravures sur photographie d’André Villers. Collection privée Jacques Prévert © Fatras/Succession Jacques Prévert
  • Homme, femme, enfant, fragments de gravures sur photographie de Brassaï. Collection privée Jacques Prévert © Fatras/Succession Jacques Prévert
  • Les Minets, fragments de chromos et de gravures rehaussés, sur photographie d’Izis. Collection privée Jacques Prévert © Fatras/Succession Jacques Prévert
  • Portrait de Janine, fragments de gravures rehaussés sur une photographie de Janine Prévert par Pierre Boucher (vers 1935). Collection privée Jacques Prévert © Fatras/Succession Jacques Prévert
  • Le Désert de Retz, fragments d’illustrations et de gravures rehaussés sur photographie d’Izis. Collection privée Jacques Prévert © Fatras/Succession Jacques Prévert

Maison Européenne de la Photographie

Collage de Jacques PrévertPhotos détournées


Tout au long de sa vie, Prévert s'est lié d'amitié avec de nombreux photographes, de ceux qui étaient proches des surréalistes, tels Man Ray, Brassaï, Robert Doisneau, Izis, Willy Ronis, André Villers, le décorateur de cinéma Alexandre Trauner. Ce demi-siècle de connivences a inspiré de nombreux livres réalisés en collaboration, mais aussi des jeux de correspondance entre l'écriture et la photographie.

Cette exposition présente un aspect de sa création peu connu du grand public : les collages. Rares et fragiles, les oeuvres exposées sont pour la plupart issues de collections privées. Son ami Picasso lui a dit, en découvrant ses collages : « Tu ne sais pas peindre, mais pourtant tu es peintre. »

Le matériel de prédilection de Prévert, utilisé pour réaliser ses collages, était les oeuvres de ses amis photographes, qu’il associait à des images glanées au fil de ses promenades ou trouvées dans des magazines.

Dans ses assemblages, il recrée une nouvelle réalité, éloignant les images originales de leur signification pour les métamorphoser et en composer d’autres, surprenantes, curieuses, envoûtantes et belles, qui constituent un prolongement direct de son écriture imagée : un jeu sur le détournement d’aphorismes ou d’expressions populaires, la relecture ou la réappropriation d’images existantes.

On y retrouve les préoccupations et, parfois, les obsessions présentes dans ses écrits : « Quand on ne sait pas dessiner, on peut faire des images avec de la colle et des ciseaux, et c’est pareil qu’un texte, ça dit la même chose ». Des anges, des bêtes, des Christ, des clowns, des coeurs, des hommes à tête de hibou ou de chauve-souris, des peintres, des saints, des Napoléon, des nains – les collages de Prévert témoignent de sa vision onirique du monde, de son rejet des institutions, de sa tendresse pour les femmes et les enfants, de sa compassion pour les animaux.

En 1948, en repos forcé à Saint-Paul-de-Vence à la suite d’un accident, Prévert s’est mis à pratiquer plus assidûment cet art du collage. « Jacques s’exprime de plus en plus par les collages, comme il a fait par les poèmes. Mais je pense que ces collages, au fond, sont des poèmes », a dit son éditeur, René Bertelé. « Et d’autre part, il se rend compte maintenant que certains de ses poèmes sont en quelque sorte des collages de mots, si on veut. »

Prévert trouvait des images pour ses collages au hasard : il chinait, à la Foire à la Ferraille et aux Puces, des pages de magazines de luxe et de journaux, des reproductions de toiles célèbres du Louvre ; ou, pendant ses promenades sur les quais de la Seine, des gravures anciennes, rue des Saint-Pères ou rue Jacob, dénichant des planches d’anatomies coloriées, et rue Dauphine, chez Labarre, où il se fournissait en chromolithographies rutilantes. « En général, dit-il à son frère Pierre, ce que je prenais, c’est dans les poubelles, les choses méprisées ou désaccordées. Moi, je trouvais ça très joli. »

Il les rangeait, sans hiérarchie, dans des cartons et des tiroirs : « Quand quelque chose me plaît, je le découpe et je le mets dans un tiroir. Mais il faut que ça me plaise. Il y a des gens qui m’amènent quelquefois de très jolis livres, de vieux catalogues en me disant « c’est pour vous ». Mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas pour moi. Je ne trouve rien là-dedans à garder. Quand ça me plait, je le vois tout de suite. »

Dans son bureau rempli de pots de stylos, de ciseaux et de grattoirs, de colle, de boîtes de pastels, de crayons et de feutres, les fragments d’images ou les pages de journaux arrachées pouvaient rester des années avant de trouver leur place dans un collage. Jacques Prévert ne se contentait pas d’assembler les images, les photos : il les travaillait, les transformait avec des coloriages et des rehauts, et, pour créer des effets de texture ou des éclats de lumière, en grattait la surface. « On dit une image en termes poétiques, on peut le faire avec des ciseaux, avec des couteaux, n’importe quoi », disait Jacques Prévert.

Nombre de ses collages étaient réalisés sur des lettres ou des cartes postales qu’il envoyait à ses amis intimes, à ses proches. Souvent, la carte ne contenait aucun message ; il y avait au verso, sa signature, et au recto, une photographie transformée. D’autres collages étaient faits sur des exemplaires de ses livres, sur les premières pages intérieures ou en guise de couverture ; il y ajoutait des photos, des ornements et une dédicace au destinataire : son éditeur, son galeriste, son imprimeur, ses amis, etc.

Parmi les oeuvres présentées dans l’exposition figurent :
L’un de ses premiers collages, Portrait de Janine, probablement réalisé en 1943 sur une photographie de Pierre Boucher. C’est un portrait de sa femme en train de danser, qu’il a entouré d’un magnifique cadre de feuilles et fleurs découpées dans de grandes planches botaniques; Les Amants, sur une photographie de Brassaï de deux amoureux, sur laquelle il a collé deux images de coeurs découpés dans des planches anatomiques ; des collages réalisés sur des photographies de graffiti de Brassaï, dont Le Vrai Boris, un collage de Jacques Prévert offert à Boris Vian, son voisin de la cité Véron à Paris et Homme, femme, enfant ; des collages à partir de photographies d’Izis : Les Minets (sur photographie représentant Jacques Prévert sur l’Ile Saint-Louis à Paris), Peintre sur le motif, et Le Désert de Retz, collage qui figure sur la couverture de l’édition originale de son recueil Fatras (1966).

Des documents personnels font également partie des oeuvres exposées : de nombreuses images collectionnées et découpées par Prévert, sorties de ses archives, des enveloppes, cartes postales ou livres offerts à sa famille ou ses amis, dont un exemplaire de Charmes de Londres (1952), un étonnant voyage raconté en photographies par Izis et narré par Prévert, entièrement revu et transformé. Cet exemplaire personnel de Jacques Prévert, dédicacé à sa fille, contient des interventions en collage et dessin sur chaque page.

Prévert a été fasciné par les photographies de graffitis que Brassaï avait faites de ces dessins anonymes gravés sur les murs, et les a souvent utilisées en couverture de ses recueils de poèmes et textes. L’exposition présente des maquettes et des éditions anciennes, des éditions poches des recueils Paroles, Spectacle, La Pluie et le beau temps et Histoires, dont les couvertures ont été conçues par Jacques Prévert d’après des photographies de graffitis de Brassaï.

Cette exposition a été conçue et organisée avec le concours d’Eugénie Bachelot Prévert, la petite-fille et l’unique ayant droit et titulaire du droit moral de Jacques Prévert, et sa société Fatras/Succession Jacques Prévert.

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