Maison Européenne de la Photographie

CYCLE DANCE WITH ME VIDEOPROGRAMMATION WEEK-END #8


Dans le cadre du cycle DANCE WITH ME VIDEO, une sélection de vidéos d’artistes est proposée chaque week-end.
Cette programmation variée est riche de neuf thématiques qui sont autant de façons d’envisager le corps, le mouvement et la danse.

La danse mystère

Le samedi 10 et dimanche 11 juin de 14h30 à 15h00

Laurent Fiévet (France)
Swing 19 (série « Swing high, swing low »), 2012, 2’44 ‘’
Avec Swing 19, Laurent Fiévet nous plonge dans un univers onirique, à la frontière entre rêve enivrant et cauchemar terrifiant. La vidéo, construite comme une boucle d’un plan de L’Impératrice Rouge (The Scarlet Empress) de Joseph von Sternberg, montre Catherine II (interprétée dans le film par Marlène Dietrich) poussée par ses dames de compagnie sur une balançoire. Jardin bucolique, balançoire fleurie, jeunes filles en jupons dansant et riant, le cadre choisi par l’artiste français a tout pour rappeler l’innocence et la légèreté de la jeunesse. Cependant, on sent vite que quelque chose sonne faux. La légèreté que dégage la scène s’évanouit progressivement, laissant place à un sentiment d’angoisse. Le montage du film enchaîne en effet la scène à un plan de torture présentant une victime de l’oppression tsariste et dont le corps est utilisé comme un battant dans la structure métallique d’une cloche. Mais les images de la scène de jeu commencent bien avant que ne cessent les tintements de la cloche provoqués par le supplicié et c’est ainsi, qu’en respectant la stricte synchronisation des images et du son de l’extrait de l’œuvre de Joseph von Sternberg, Swing 19 ne témoigne visuellement que de la scène d’allégresse, là où le son manifeste au contraire une dualité et une ambivalence réelle. Avec cette étrange chorégraphie, Fiévet nous invite implicitement à questionner l’ambiguïté du pouvoir et à nous méfier des apparences.

 

Majida Khattari (France/Maroc)
Défilé/performance n5 – Ceci n’est pas un voile
Le défilé-performance de Majida Khattari, Ceci n’est pas un voile, s’est déroulé place de la Concorde lors de la Nuit Blanche parisienne en 2012.
Dans la scène inaugurale du film de Roger Vadim Et Dieu créa la femme, les courbes du corps nu de la Brigitte Bardot de 1956 se dessinaient derrière un voile, drap blanc tendu entre le regard de Curt Jurgens et la nudité de la jeune femme. Dans l’énigmatique défilé-performance de Khattari, des femmes défilent, peut-être nues, entre deux rangées de voiles, foulards de soie colorés et richement calligraphiés en arabe. Le titre, clin d’œil au surréalisme magrittien, recadre ainsi l’action dans l’histoire de l’art, tout en avançant l’idée que le voile islamique, dont il serait question ici, pourrait se dédramatiser en accessoire de mode. L’artiste a souvent montré, dans des défilés-performances dramatiques et dramaturgiques, jouant de vêtements-sculptures comme autant de manifestes, la souffrance et l’aliénation des femmes entravées par les burqa, hijab et autres niqab. Autant de démonstrations de l’oppression, de l’enfermement auxquelles elles sont soumises. L’artiste surmonte ainsi la difficulté d’évoquer le corps féminin dans l’Islam, y compris à travers l’art. Avec cet étrange chorégraphie, le voile devient un accessoire de mode et de beauté, replaçant ainsi la dimension politique du corps de la femme au centre du débat. Déconcertant, poétique et efficace.

D’après le texte de Marie Deparis-Yafil

 

Gianluigi Maria Masucci (Italie)
Memorie, 2015, 4’08’’
Les draps dansent avec le vent. Memorie évoque le temps, celui qui coule, celui qui s’use. Le mystérieux ballet auquel s’adonne les draps filmés à Naples par Masucci est pour l’artiste une déclaration d’amour à cœur ouvert car, en quittant la sphère privée, les étoffes révèlent les histoires qu’elles contiennent. « Et en changeant le point de vue de la caméra, c’est comme si vous réalisez un acte d’amour envers la ville. Vous lui donnez le changement qu’elle recherche ». Les draps se meuvent ainsi au grès du vent, comme suspendus, pendant que le spectateur regarde la scène d’en dessous, depuis la rue. En changeant de point de vue, l’artiste prend celui d’un amant attendant au pied d’un balcon. Réunions d’amants, désirs secrets rêvés et tendresse s’expriment à travers ces corps désincarnés qui se balancent. Plus qu’une invitation à la nostalgie, Memorie est une invitation à la rêverie, à la possibilité d’une rencontre…

 

Clare Langan (Irlande)
The winter of 13 storms, 2017, 11’59’’ (extrait)
The winter of 13 storms se fait le récit dansant d’une nature défiante, indomptable, parfois même effrayante. Présentée sous forme de triptyque, la vidéo nous emmène dans un univers poétiquement évocateur. Les films de l’artiste irlandaise comportent en effet une dimension méditative importante sur le monde romantique. Langan crée et compose des images traduisant fidèlement toute la splendeur, la mélancolie, la beauté mais aussi la noirceur du romantisme. Elle nous conduit dans des mondes à la fois réels et construits, nous permettant ainsi d’accéder à une vision onirique de la nature et à nos souvenirs les plus enfouis. Dans les extraits projetés dans le cadre de DANCE WITH ME VIDEO, Clare Langan nous montre une nature déchainée et en mouvement, en dialogue constant avec les chorégraphies des danseurs aussi déroutantes que belles. Mélancolie, romantisme et nostalgie nous invitent à nous immerger dans ces décors pittoresques où la présence humaine est balayée par les vents…

 

Iris Sara Schiller (France/Israel)
Faire sculpture, fragment du projet Chariot, 2015-2017, 7’16’’
L’œuvre de cette artiste conjugue et associe sculptures, photographies, vidéos, dessins et textes. Faire sculpture est un fragment de son projet Chariot, une installation composée de sept écrans.

«Chariot est une métaphore de mon processus de création, une quête fragmentée par de multiples temps mémoire.
Première station, Faire sculpture : Dans un espace clos, deux femmes, l’une aérienne que je nomme le modèle, l’autre travailleuse, que je nomme la gardienne. La gardienne porte la divagation du modèle. Son rôle premier est de placer le modèle, c’est elle qui le manipule, et ensemble, elles tissent un dialogue gestuel chargé de sens. Les éléments formels varient entre équilibre, vertical/horizontal, tension/relâchement, proportion sculpture/socle. Ici le spectateur est convié à la contemplation ».  I.S.S. 2017

 

Inci Eviner (Turquie)
Something bad happened to me, 2016, 6’53’’

« They threw the woman’s tongue into the garbage…
Now the centuries will cover it

Something bad happened to me
Look at what you’re doing to me
You’re separating my nails from their flesh
Something bad happened to me
I’m not well
Look at me, see what I’m doing
I’m hanging myself by my hair
Something bad happened to me

I gathered these words not from poets
But from knife wounds
A hundred percent rancor and hatred… »

Traduction : Brendan Freely

Comment concilier imagination et urgences politiques avec ses propres contradictions ? Comment prendre position en tant qu’artiste et citoyenne ? Comment déjouer les représentations et clichés orientalistes dans l’art ? Voici quelques questions qui animent Inci Eviner et que l’on ressent dans la vidéo Something bad happened to me. L’œuvre de l’artiste stambouliote apparaît ici comme le chant incantatoire de femmes disparues. Eviner leur redonne la parole, là où la société́ leur a confisquée, elle les réincarne, là où leur corps s’est comme dissous parmi des myriades d’anonymes, chuchotant ainsi leur litanie à l’infini : « Quelque chose de grave m’est arrivé, tu m’as fait mal, tu m’as enlevé la langue. »
Corps recomposés et voix féminines saccadées répandent un bruit assourdissant et composent ainsi une mystérieuse performance/vidéo sur la condition féminine à l’humour grinçant et angoissant.

 

COMMISSAIRES

Barbara Polla et Nicolas Etchenagucia

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