Maison Européenne de la Photographie

CYCLE DANCE WITH ME VIDEOPROGRAMMATION WEEK-END #7


Dans le cadre du cycle DANCE WITH ME VIDEO, une sélection de vidéos d’artistes est proposée chaque week-end.
Cette programmation variée est riche de neuf thématiques qui sont autant de façons d’envisager le corps, le mouvement et la danse.

La danse qui parle

Le samedi 3 et dimanche 4 juin de 14h30 à 15h00

Laurent Fiévet (France)
Rideau ! (Série « They don’t shoot horses, don’t they ? »), 2010, 2’36’’

Quand l’amour a disparu
Quand le cœur s’en est allé
Du côté des jamais, plus jamais
On ne peut que regretter
L’amour envolé

(La Chanson D’un Jour D’été –
Les Demoiselles De Rochefort)

Avec Rideau !, Laurent Fiévet redonne vie à un duo mythique, celui des Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy. Un duo singulier car l’artiste français fait disparaître, par des effets de miroir agencés au sein de la composition des plans, le personnage de Solange Garnier, interprété dans le film par Françoise Dorléac. Le duo de danse formé avec Catherine Deneuve devient ainsi un duo entre cette dernière et son propre clone. Rideau ! s’ingénie à opérer des effets de désynchronisation dans le numéro chorégraphique et implique de fait l’idée d’une dualité tout en restituant l’identité propre à chacune des jumelles. Pratiquement intacte malgré l’élimination intentionnelle d’un couplet entier de la chanson, la bande sonore joue sur la même ambiguïté en restituant la voix de la disparue. L’œuvre se réfère implicitement à la mort prématurée de Françoise Dorléac en 1967 et aborde la question du travail de deuil. Fiévet nous questionne : les corps et les mots qui dansent ne sont-ils pas un remède au tourbillon de l’existence ? Oui, les mots dansent eux aussi.

 

Arnold Pasquier (France)
Notre amour, 2008, 45’ (extrait)
Notre Amour d’Arnold Pasquier est l’un des 27 films à ce jour de ce réalisateur-danseur, ici sur le thème d’une chorégraphie de Christian Rizzo. Interaction constante entre danse et fiction, Notre Amour nous amène vers une issue merveilleuse : une déclaration où les mots et les intonations expriment les sentiments échangés, les regards aussi, plus encore que les corps, les respirations, les portés, les mouvements… La manière très charnelle dont sont filmés ces derniers, le transport des corps les uns par les autres et le son de la respiration, ne sont également pas sans évoquer Masurca Fogo de Pina Bausch. Mais le réalisateur, en se glissant sur scène et en coulisses, va au-delà de la chorégraphie et crée sa propre scénographie. Puis les mots, tels une conclusion car c’est au creux des solitudes que Notre amour se pose, bercé par une chanson murmurée, oh mon amour, oh mon amour.

 

Julien Serve (France)
Slowmotion, 2017, 2’10’’
Slowmotion est la seule vidéo dite d’animation de la programmation DANCE WITH ME VIDEO. Julien Serve, ce dessinateur d’exception, crée des portraits avec autant de traits que les vies des portraiturés ont contenu de jours. Des dessins par centaines pour créer à peine une minute d’animation. Avec Frank Smith (voir « On reprend » dans le catalogue DANCE WITH ME VIDEO),  il a réalisé Pour Parler, une œuvre à quatre mains : les sonnets de Frank Smith, les dessins de Julien Serve. Dans Slowmotion, le dessin devient écriture et nous écrit, autant qu’il nous dessine, la danse langoureuse, la tendresse de la danse, les échanges entre les danseurs. Éloge de la lenteur, de la transparence et du silence.

 

Gilles Delmas (France)
Les six saisons, 2012, 51’01’’ (extrait)
Entre film de fiction, vidéo d’art et documentaire, Les six saisons est la quatrième œuvre de Gilles Delmas sur la création chorégraphique. Ce film / miroir poétique suit la genèse du spectacle solo du chorégraphe Akram Khan, intitulé Desh (signifiant
« terre ») et a été récompensé en 2013 du prix du meilleur film / meilleur documentaire lors du San Francisco Dance Film Festival. Dans les quatre extraits projetés, les mots d’Akram Khan, capturés par Delmas, dansent avec les chants traditionnels bengalis qui font à leur tour écho avec le cri des corbeaux et le bruit des marteaux frappant le métal. Avec ce film, Gilles Delmas se fait le témoin du regard qu’Akram Khan porte sur ses origines : le Bengladesh. On ressent que chaque mouvement du chorégraphe, qui a grandi et vit à Londres, recherche l’écho avec les choses qui ne résonnent pas naturellement en lui : « les briques cassées, les terres inondées, les herbes si hautes, les toits en tôle ». Mais le chorégraphe, selon ses termes : « recommence car il a oublié. » Les Six Saisons dont de nouveaux extraits seront montrés lors de la dernière séance de DWMVIDEO (17 & 18 juin) se compose comme un poème, par fragment montrant des images d’un peuple, et d’un artiste qui a migré, les images soutiennent ce rêve de retour dans un studio face à un miroir, où finalement tout serait illusion. La danse comme un poème qui nous est conté…

 

Ismaïl Bahri (Tunisie)
Dénouement, 2011, 8’05’’
Dénouement est la mise en scène d’une écriture. Une action dont Ismaïl Bahri nous parle en silence. Cette action consiste à nouer un fil à coudre noir, sur plusieurs dizaines de mètres, dans un paysage enneigé : un cadre blanc séparé par un trait noir vibratile. La vidéo met ainsi en scène, selon les mots de l’artiste, « une écriture d’une grande ténuité formelle, oscillant entre dessin et volume. » D’après Bahri encore, « Dénouement traite d’une forme d’acuité du regard, en écho aux activités des petites mains focalisées sur l’infime événement qu’est la formation d’un nœud, ou la conduite d’une ligne dans l’espace. Le fil tendu est un tracé en alerte, un vecteur vibratoire véhiculant les pulsations émises par les mains. À l’image du fil d’alerte reliant l’araignée à sa toile, le lien tendu sonde le vide séparant la silhouette noire du spectateur. Il signale l’action des mains à la caméra. Lentement, le corps pénètre le champ de l’image. À mesure qu’il avance, la vidéo progresse vers son dénouement : l’espace-plan devient profond, l’étendue blanche devient paysage et la ligne se fait volume. La formation du nœud s’apparente à une opération d’enveloppement de l’espace traversé, comme si tenir la bobine dans la main revenait à emporter cet espace avec soi. »
Une chorégraphie dont la grammaire redéfinit notre perception.

 

Joanna Malinowska (Pologne)
On the revolutions of celestial spheres, 2009, 10’46’’ (extrait)
Joanna Malinowska, « anthropologue culturelle », s’intéresse à l’ailleurs et à la musique. Ici l’ailleurs n’est pas loin, puisqu’il s’agit du parc près de son lieu de vie, à Brooklyn, New York. Un autre monde cependant, habité, entre autres, par des compatriotes polonais alcoolisés et sans domicile fixe. Pour Malinowska, ils deviennent danseurs : ils vont représenter chacun l’une des planètes du système solaire et danser jusqu’à l’effondrement de ce système, lancés en orbite libre autour du soleil et de la compositrice japonaise Masami Tomihisa avec laquelle Malinowska a plusieurs fois collaboré. Et « le soleil » de chanter (c’est son anniversaire le jour même du tournage) jusqu’à l’implosion, dans la joie.

 

COMMISSAIRES

Barbara Polla et Nicolas Etchenagucia

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