Maison Européenne de la Photographie

Cycle
Le visage photographié


Depuis les portraits des studios participant à la construction de figures mythiques de stars, telle Marlene Dietrich, aux réalisations délaissant les codes classiques du genre et en passant par les Graffitis de Brassaï, de nombreux films interrogent cette fascination photographique pour le visage.

Si L’aventure photographique racontée par Roger Thérond replace le portrait dans son inscription historique, Nadar ou Disdéri illustrent pour leur part l’avènement triomphant d’une nouvelle société, alors qu’Alphonse Bertillon, ou Duchenne de Boulogne cherchent à « percer » le mystère du visage d’une toute autre manière : policière, et médicale. Brassaï débusque quant à lui les visages dans les graffitis de Paris. Sous le regard du photographe, leur force d’évocation surréaliste les rapproche des masques africains ou océaniens chers à André Breton.

Les studios populaires perpétueront jusque la fin du XXe siècle une fonction sociale et familiale, rendant accessible à tous un portrait posé. Ces studios sont évoqués dans To Sang fotostudio, filmé par Johan Van der Keuken à Amsterdam, et aussi par les grands représentants maliens en la matière que sont Seydou Keïta, Malick Sidibé et Alioune Ba, filmés par Natacha Defontaine.

C’est une toute autre approche des visages que proposent Christian Boltanski ou encore JR : par leur accumulation, les visages sont rendus anonymes et c’est la fragilité de la trace photographique qui transparait alors. Les portraits tels qu’ils sont filmés, au mur de l’école du boulevard Robert Schuman, accompagnés par la voix neutre de Boltanski, portent déjà en eux la disparition inéluctable du souvenir qu’ils représentent. Une disparition que JR semble vouloir conjurer, accumulant les visages de migrants sur les murs du centre de rétention d’Ellis Island. Le film est un hommage à tous ceux qui ont tenté et tentent encore une nouvelle vie sur une autre terre, ceux que Robert De Niro incarne symboliquement dans Ellis.

La figure de l’acteur, parfois perçue comme l’une des principales composantes de l’imaginaire de la réussite, a très tôt été un sujet de prédilection de la photographie qui a alors souvent contribué à la mythification du comédien, l’ancrant dans une sorte de panthéon. Dans son recueil Mythologies, Roland Barthes ironisait ainsi sur « l’image olympienne de l’acteur », photographié comme « un dieu » par les studios Harcourt. Il reconnaissait au contraire en Thérèse Le Prat et Agnès Varda une force d’avant-garde et de vérité, en représentant l’acteur « à la scène », c’est à dire, précisément, sans mentir sur sa fonction sociale.

En écho à l’exposition qui lui est consacrée, les week-ends à l’auditorium se terminent par deux documentaires exceptionnels dédiés à Marlene Dietrich, éclairant sur sa vie et sa relation avec Greta Garbo : l’ange et la divine de Marie-Christine Gambart et le crépuscule d’un ange de Dominique Leeb.
Enfin, chaque samedi, un documentaire du cycle « Starlight » nous éclaire sur la fabrication de l’image des stars : Marilyn Monroe, Lana Turner, Ava Gardner et Rita Hayworth. Une construction d’images dans laquelle ces figures du cinéma classique se sont souvent trouvées enfermées.

HORAIRES

LES SAMEDIS

15h : Les portraitistes : l’aventure photographique racontée par Roger Thérond,  réal.  Philippe Azoulay, 27′, 1998
15h27 : Alphonse Bertillon, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1′, 1991
15h28 : Brassaï ou les yeux d’un homme, réal. Jean-Marie Drot, 27′,1960
15h55 : Guillaume Duchenne de Boulogne, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1′, 1991
15h56 : Thérèse Leprat, chambre noire, réal. Claude Fayard, 17′, 1964
16h13 : Philippe Halsman, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1′, 1991
16h14 : Sam Levin, réal. Jean-Louis Saporito, 2’30 », 1990
16h17 : Le mythe Harcourt, Océaniques, réal. P.Roegiers et R.Mugnerot, 8′, 1992
16h25 : Une histoire photographique : Seydou Keïta, Malick Sidibé, Alioune Ba, réal. N.Defontaine, 22′, 1995
16h47 : To Sang fotostudio, réal. Johan Van Der Keuken, 33′, 1997
17h20 : L’école du boulevard Robert Schuman, Christian Boltanski, M.Nuridsany, 10′,  1987
17h30 : Ellis, réal. JR, 2015
17h45 : « Starlight » : soirée portraits de Stars
-le 18 novembre : Harcourt, histoire d’un mythe
-le 2 décembre : Marilyn malgré elle
-le 9 décembre : Lana Turner, l’indétrônable
-le 16 décembre : Ava Gardner, la vie est plus belle que le cinéma
-le 6 janvier : Rita Hayworth, et l’homme créa la déesse
18h40 : Dietrich-Garbo, l’ange et la divine, réal Marie-Christine Gambart

LES DIMANCHES

15h : La césarienne de l’art – Réalisation Caspar – Claude Mollard
15h12 : Afriques : interview de Pascal Maitre, réal. J.Merhi
15h15 : Lewis Carroll, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1991
15h16 : Les portraitistes : l’aventure photographique racontée par Roger Thérond, réal. Philippe Azoulay, 27 ‘, 1998
15h44 : Félix Nadar, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1′, 1991
15h45 : Brassaï ou les yeux d’un homme, réal. Jean-Marie Drot, 27′, 1960
16h12 : Irving Penn, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1991
16h13 : Raymond Voinquel, entretien avec Jean-Luc Monterosso, réal. Bruno Trompier, 24′, 1993
16h38 : William Klein, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1′, 1991
16h40 : The Many faces of Dustin Hoffman, réal. Elliott Erwitt, 14′, 1970
16h54 : Philippe Halsman, histoire de voir, réal. Philippe Venault, 1′,1991
16h55 : Sam Levin, réal. Jean-Louis Saporito, 2′,1990
16h57 : Starlight, réal. Jean-Louis Saporito, 2′, 1990
17h : Marlene Dietrich, le crépuscule d’un ange, réal. Dominique Leeb  52′

 

DÉTAIL DE LA PROGRAMMATION

Les portraitistes : l’aventure photographique racontée par Roger Thérond
réalisation Philippe Azoulay, 27′, 1998.
Le portrait apparaît dès l’invention de la photographie et remporte un vaste succès aussi bien auprès de personnalités de renom (Honoré de Balzac, Gérard de Nerval, Gustave Doré) qu’auprès d’anonymes (portraits-cartes de visite). Plus tard les studios Harcourt créent la légende. Aujourd’hui encore, le succès de la presse dite « people » confirme le goût d’un certain public pour ce genre.

Série histoire de voir :
Alphonse Bertillon / Guillaume Duchenne de Boulogne / Philippe Halsman / Lewis Carroll / Félix Nadar / Irving Penn / William Klein
réalisation Philippe Venault, 1′, 1991.
Au travers de courts épisodes d’une minute, cette adaptation audiovisuelle d’une Histoire de la photographie, éditée en 1989 par le Centre National de la Photographie (coll. « Photo Poche »), s’est attachée à montrer 60 images-clés, qui sont toutes des œuvres maitresses de la mémoire visuelle.

Brassaï ou les yeux d’un homme
réalisation Jean-Marie Drot, 27′,1960.
Dans cet extrait de l’émission « l’Art et les hommes », on découvre, outre l’œuvre photographique (dont les séries sur les graffitis, les murs et la nuit), l’œuvre sculpturale de l’artiste franco-hongrois, notamment sur des galets.

Thérèse Le Prat, chambre noire
réalisation Claude Fayard, 17′, 1964.
« visages graves, visages nostalgiques, visages angoissés, visages sereins… paysages où la vie inlassablement inscrit ce qui vient du dehors, ce qui vient du dedans ».
Cette citation de Thérèse Le Prat, extraite de la série « Chambre Noire » (diffusée par l’ORTF entre 1964 et 1969), permet d’appréhender avec justesse le travail de cette photographe dont le mystère du visage humain constitue la principale source d’inspiration.

Sam Levin
réalisation Jean-Louis Saporito, 2’30 », 1990.
Ce court film est consacré à l’œuvre de Sam Levin, grand photographe de plateau qui a également saisi dans son studio les traits des plus grandes stars. Des années 1930 jusqu’aux années 1980, il est l’un des plus grands portraitistes des vedettes de la chanson et des personnalités du monde de l’art.

Le mythe Harcourt, Océaniques
réalisation Patrick Roegiers et Robert Mugnerot, 8′, 1992.
Cette interview de Gilles-Marie Zimmermann, opérateur du studio Harcourt, revient sur l’histoire et le fonctionnement de ce studio mythique.

To Sang fotostudio
réalisation Johan Van Der Keuken, 33′, 1997.
« J’ai travaillé plus d’une fois sur le rapport entre la photographie et le cinéma. (…) Dans To Sang Fotostudio, la photographie est le sujet principal.
Faire des portraits, en photographie, implique que les sujets posent eux-mêmes ou qu’on les fasse poser selon un rôle, un archétype ou un idéal de personnages. Une « image idéale » se glisse toujours devant le réel – si rapide qu’elle puisse être, la photographie ne rattrapera jamais le réel. 
Le photographe doit négocier cette « image idéale » avec son modèle par ses talents de metteur en scène, son autorité et sa capacité à rassurer. (…) 
Bien des nationalités sont représentées dans la rue où Monsieur To Sang a son studio de photographie (…) C’est la réalité d’Amsterdam en 1997. Mais que tous les propriétaires de ces commerces aient décidé de se faire tirer le portrait par le photographe résulte de notre image de rêve, de notre mise en scène.
 Et quand M. et Mme To Sang se font finalement photographier par notre caméra, le monde est-il alors autre chose qu’illusion, pose, vœu
pieux ? (…) » Johan van der Keuken

L’école du boulevard Robert Schuman
Christian Boltanski, réalisation M.Nuridsany, 10′, 1987.
Par des images installées dans l’école de la rue Robert Schuman à Paris, et plus précisément des portraits d’élèves auxquels s’ajoute une bande-son constituée essentiellement de noms, Michel Nuridsany, en procédant par touches mimétiques et indicielles, nous livre à la fois les clés de la création de Christian Boltanski et son énigme.

Ellis
réalisation JR, 2015.
Le court-métrage de fiction Ellis fait appel à notre mémoire collective. Laissant leur passé derrière eux, douze millions d’immigrants sont arrivés aux États-Unis via Ellis Island entre 1892 et 1954. À leur arrivée, ceux qui était malades étaient dirigés vers l’hôpital. Un purgatoire, à l’ombre de la statue de la Liberté, où des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, ont attendu leur sort. Ellis raconte l’histoire de ces immigrants qui ont construit l’Amérique, en portant un regard croisé avec ceux qui cherchent les mêmes opportunités aujourd’hui aux États-Unis et dans le reste du monde. Le film se déroule dans l’hôpital d’Ellis Island, où JR a mené son projet Unframed.

The Many faces of Dustin Hoffman
réalisation Elliott Erwitt, 14′, 1970.
Elliott Erwitt filme ici les séances de maquillage de Dustin Hoffman pour son rôle central dans le film Little Big Man. Alors qu’il n’a que trente-deux ans, il incarne le personnage de Jack Crabb dans le film d’Arthur Penn, réalisant ainsi la prouesse de jouer son personnage à l’âge de 121 ans. Cela nécessite d’importants préparatifs de masque et une maîtrise de la lenteur du jeu, qui n’est pas sans amuser le jeune comédien, sous l’œil ironique du photographe Elliott Erwitt.

Dietrich-Garbo, l’ange et la divine
réalisation Marie-Christine Gambart, prod. Program33, 52′ , 2014.
Icônes complexes et intemporelles, Marlene Dietrich et Greta Garbo ont bouleversé à jamais, par leur audace, la sensibilité et l’imaginaire de toute une époque, et sont entrées au panthéon des plus grandes stars du XXe siècle. Leur rivalité cinématographique est connue de tous. Elles s’éviteront et s’espionneront toute leur vie durant, sans jamais se croiser, si ce n’est une fois, lors d’une soirée chez Orson Welles, en 1941. Mais est-ce là toute l’histoire ? La journaliste américaine Diana McLellan soutient le contraire…

Marlene Dietrich, le crépuscule d’un ange
réalisation Dominique Leeb, production Illégitime défense, 52′, 2016.
Pendant trente ans, Louis Bozon a partagé le quotidien de Marlene Dietrich. Lorsqu’elle s’est définitivement enfermée dans son appartement parisien de l’avenue Montaigne, il a été l’un des rares à pénétrer dans cette forteresse dont elle lui avait donné la clé. Dans ce documentaire, Louis Bozon ainsi que les petits-enfants de Marlene Dietrich évoquent les derniers moments de l’actrice.

Cycle Starlight

Harcourt, histoire d’un mythe (Samedi 18 novembre)
Réalisation Nicolas Maupied, prod. Illégitime défense, 52′, 2012.
Le nom de Harcourt est devenu mythique, mais ce studio historique, cette « griffe » reconnaissable, tellement liée à l’imaginaire du cinéma, est aussi une histoire singulière, celle de Cosette Harcourt, artiste, et femme de l’ombre, amie de Coco Chanel, qui a éclairé les autres pour mieux se cacher.

Marilyn malgré elle (Samedi 2 décembre)
réalisation Patrick Jeudy, 52′, 2002.
Grâce aux clichés inédits de Milton Greene, photographe dans les années cinquante et ami de Marilyn Monroe, ce documentaire raconte la naissance de l’un des plus grands mythes de l’histoire du cinéma.

Lana Turner, l’indétrônable (Samedi 9 décembre)
Réalisation Jean-Frédéric Thibault, Arnaud Xainte, prod. Illégitime défense, 52′, 2016.
Des amants mariés, des fréquentations mafieuses, un alcoolisme ravageur, un meurtre sanglant et sept mariages ratés, tel fut le lot de la vie privée de l’une des plus grandes actrices d’Hollywood.

Ava Gardner, la vie est plus belle que le cinéma (Samedi 16 décembre)
Réalisation Jean-Frédéric Thibault, prod. Illégitime défense, 52′, 2015.
Insolemment libre, Ava Gardner et sa vie décousue furent le cauchemar d’une Amérique puritaine et des responsables de la Metro Goldwyn Mayer. Elle passa sa vie à repousser, de toutes ses forces, le bastingage des normes imposées par les studios, quitte à en payer le prix.

Rita Hayworth, et l’homme créa la déesse (Samedi 6 janvier)
Réalisation Arnaud Xainte, prod. Illégitime défense, 52′, 2015.
Rita Hayworth est le plus bel exemple de la création masculine d’un mythe féminin. Si la star fascine, c’est Rita, la femme manipulée qui est le véritable sujet de ce film. Stéphanie des Horts, biographe de l’actrice, et Isabelle Constant, psychothérapeute, font partager leurs points de vue, l’une en racontant les événements fondateurs de sa vie que l’autre décrypte sous un angle laissant apparaître une femme qui passera son existence à tenter de trouver sa réelle personnalité parmi les différents rôles que les hommes lui ont fait jouer dans la vie.
(Le Figaro)

INFORMATIONS PRATIQUES
Les samedis et dimanches dès 15h, sauf le 25 et le 26 novembre.
Événements à l’auditorium de la MEP en accès libre, sur présentation de votre billet d’entrée et dans la limite des places disponibles.

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