Edouard de’Pazzi
Memento Mori

La MEP

Edouard de’Pazzi

Ces photographies ont été réalisées pour la plupart ces cinq dernières années. Quelques-unes ont été exhumées d'un fonds plus ancien. Des visions fantasmatiques, fantasmagoriques puisées dans la nappe souterraine de l'imaginaire et qui remontent peu à peu à la surface sensible, comme un corps de noyé.

L'exposition

Image
Maxime, Série “Visages”, 2005 © Edouard deʼPazzi

Ces photographies ont été réalisées pour la plupart ces cinq dernières années. Quelques-unes ont été exhumées d’un fonds plus ancien. Des visions fantasmatiques, fantasmagoriques puisées dans la nappe souterraine de l’imaginaire et qui remontent peu à peu à la surface sensible, comme un corps de noyé. […] Il est toujours surprenant de constater les récurrences du regard, la constance des sujets, l’attirance pour les mêmes thèmes, l’attachement aux mêmes signes à travers le temps. […]

Memento Mori. Le titre fait allusion à cette conscience intime, archaïque, de l’éphémère, en même temps qu’à ces représentations picturales symboliques, de notre condition de mortels, que les Anciens gardaient à la vue pour s’en pénétrer l’esprit, et que les historiens d’art et les moralistes appellent les ” vanités “. Memento Mori aussi parce que la vision des corps se transforme inéluctablement en mémoire des morts. […]

Même si certaines images évoquent ou inspirent la rêverie, ce ne sont pas à proprement parler des représentations oniriques mais des idéations métaphoriques, symboliques, archétypiques de ce qui vient à l’esprit, l’occupe, le traverse ou l’obsède. Dans leur succession, elles tracent l’une après l’autre la frontière invisible entre deux mondes : celui du songe et celui de la réalité ou de celle que l’on suppose telle et désigne ainsi, de la conscience et de la non-conscience ou de la subconscience, de la vie et de la mort ou de l’idée que l’on se fait d’elle et de l’imagerie qu’elle suscite. […]

Si beaucoup de ces vues tirent sur le noir ou sont attirées par lui, ce n’est pas, ou pas simplement, par attachement à une esthétique du morbide, c’est parce que la présence de la lumière y est plus forte, plus dense et parce que le noir a un pouvoir fécondant alors que le blanc résorbe, annihile, fait disparaître. ” […] la couleur blanche est celle de l’effacement alors que la noire, loin d’être celle du vide et du néant, est bien plutôt la teinte active qui fait saillir la substance profonde, et par conséquent sombre, de toutes choses […]. ”
(Michel Leiris, Aurora, cité par Bachelard dans La Terre et les rêveries du repos.)

L’image photographique est moins matérielle qu’allégorique. Elle est un reflet de la matière qui donne matière à réflexion. Comme l’icône, elle est présence sans réalité. En cela, la photographie est un ” art ” (au sens d’artifice) profondément spirituel par l’exercice duquel on peut animer – donner une âme à – ce qui est par essence fixe, comme on prête vie à une effigie, comme on attribue à l’icône des vertus opératoires. Lorsqu’elle atteint cette dimension, ce qui en résulte peut s’élever au rang d’œuvre : opera. […]

Edouard de’Pazzi 
(Extrait du texte “À propos”, in Memento Mori, éditions Arthus, 2007)