• Série Clairvaux, # 15, 2002 © Eric Aupol
  • Série Clairvaux, 2002 © Eric Aupol
  • Série Clairvaux, # 5, 2002 © Eric Aupol
  • Série Clairvaux, 2002 © Eric Aupol

Maison Européenne de la Photographie

Eric AupolClairvaux


De 2001 à 2002, Eric Aupol a animé un atelier de création photographique avec les détenus de la Centrale de Clairvaux. Parallèlement, il a réalisé un travail photographique sur l'ancien centre de détention, abbaye cistercienne en ruine, où les murs à la surface lépreuse semblent témoigner de l'histoire douloureuse de ceux et celles qui y vécurent, enfermés.

De 2001 à 2002, Eric Aupol a animé un atelier de création photographique avec les détenus de la Centrale de Clairvaux. Parallèlement, il a réalisé un travail photographique sur l’ancien centre de détention, abbaye cistercienne en ruine, où les murs à la surface lépreuse semblent témoigner de l’histoire douloureuse de ceux et celles qui y vécurent, enfermés.
En résonance avec ces marques inscrites dans la pierre, Eric Aupol a matérialisé les violences de la mémoire et de l’existence, en photographiant le corps d’un détenu, tatoué et marqué comme la pierre, la surface de son corps portant le récit d’une vie entière de révolte, d’insoumission. Les corps de pierre et de chair sont marqués de l’empreinte du monde carcéral.

« Clairvaux : l’une des prisons les plus sinistres et dures d’Europe, me disait-on, rendue célèbre par « l’affaire » Buffet/Bontemps, et le réquisitoire magnifique de Robert Badinter contre la peine de mort.
Clairvaux, où fut enfermé un certain Jean Genet, qui y rédigea le Journal d’un voleur.
Clairvaux, village de l’est de la France, au ciel triste et lourd.
Les plus vieux des détenus me disent que rapidement, la vue se brouille car l’œil ne peut jamais plus fixer le lointain.
Une architecture faite pour réduire l’espace, pour violenter la vision.
Pour laisser, à tout jamais, des séquelles sur le corps.
Pour qu’une empreinte indélébile marque la mémoire des hommes.
Au bout de quelques mois de travail, T.C, en Centrale depuis de nombreuses années, figure de la lutte pour les droits des détenus, accepte de poser pour moi. Aux murs marqués de la prison, je souhaite évoquer ce rapport particulier à soi, au corps qui chez T. s’offre comme un palimpseste. Tatouages inscrits à même la chair, marques d’une mise au banc de la société, la peau de l’homme rappelle celle des lieux. […]
Quelques années après, en cherchant des nouvelles de T., j’apprends qu’il s’est suicidé peu de temps après sa sortie de prison.
Au-delà d’un hommage, c’est une matérialité que je souhaite aujourd’hui montrer.
Corps de chair et corps de pierre, inscrits dans la violence de la mémoire, de l’existence, marqués à jamais dans la pénombre.
Aujourd’hui plus que jamais, où l’enfermement et l’humiliation semblent être les seuls recours du pouvoir face à la différence, où chaque victime devient prétexte à un nouveau projet liberticide, je souhaite simplement me souvenir de ce que peut être une certaine réalité carcérale, lorsque l’espace se trouble, que la mémoire devient le seul rempart contre les souffrances présentes.
Car on souffre en prison, plus que partout ailleurs.
Le fait d’être Homme doit être défendu chaque jour face à la violence, physique et mentale, que l’on fait subir aux détenus. Rester debout, vivant, mettre sa vie en perspective est pour chaque détenu un combat de tous les jours. Le réel s’abstrait du quotidien, et la force intérieure devient force de survie (25, 30 ans d’enfermement…)
C’est en pensant à T., à nos discussions, à son humanisme absolu et sans compromis que j’écris ces lignes.
Un « longue peine » comme les autres, que j’ai un jour croisé, dans l’énergie de sa révolte.  »

Eric Aupol 

Commissaires de l’exposition : Didier Kahn Sriber et Jean-Luc Monterosso.

×

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer des services ou des offres adaptés à vos centres d'intérêts. En savoir plus...