Hommage à Claudine et Jean-Pierre Sudre

La MEP

Hommage à Claudine et Jean-Pierre Sudre

L'exposition

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Jean-Pierre Sudre, à la fois créateur, photographe et pédagogue, entretenait un univers radicalement poétique et singulier. Celui qui fut avec Jean Dieuzaide, Denis Brihat et quelques autres l’un des plus ardents défenseurs de l’importance et de l’autonomie de l’art photographique -à une époque où celui-ci n’était pas encore pleinement reconnu – nous a quittés en septembre dernier.

Nous avons souhaité lui rendre hommage en présentant les œuvres acquises par la Maison Européenne de la Photographie et le dépôt effectué par Jean-Pierre Sudre en 1995. L’exposition propose un viatique raisonné au cœur même de l’univers de l’artiste et permet d’en apprécier le cheminement créatif : celui d’un regard exigeant, soutenu par une démarche aux multiples inflexions. La sélection proposée comprend des natures mortes, des sous-bois, tout un ensemble composé d’éléments et de paysages naturels auxquels répondent les “Paysages matériographiques” et les images de la série “Apocalypse” (œuvres uniques réalisées en 1968 et qui furent exposées à la galerie d’art La Demeure en 1969), tout un florilège de paysages inventés au cœur même de la matière à partir de procédés originaux.

L’œuvre et la carrière de Jean-Pierre Sudre sont indissociables de celle de son épouse Claudine. Depuis près de quarante ans, Claudine Sudre collabore aux tirages de Jean-Pierre Sudre. Elle est également l’une des plus grandes spécialistes des procédés de tirage en usage au XIXe siècle. Dans les années 1970-1980 ces pratiques étaient tombées dans l’oubli. Le premier volet de l’exposition propose des tirages dits “à l’ancienne”, sur papier salé ou albuminé, de portraits de Nadar réalisés par Claudine Sudre entre 1978 et 1985, à partir des plaques originales.

La galerie Jean-Pierre Lambert expose la série “Imaginaire planétaire” de Jean-Pierre Sudre, du 20 mai au 20 juin 1998.

Le déroulement de mon œuvre photographique ressemble étrangement à un interminable travelling : d’un plan général des bois de mon enfance capté en 1948 à l’annonce de leur destruction, prolongé à travers les sous-bois par des gros plans lyriques de son humus, me voici depuis quelques années à l’intérieur de la matière elle-même, qui n’est plus écorce d’arbres ou mousses étoilées mais cristal, objet premier, à la découverte du secret universel. Superstar dans l’art de la mise en scène, la matière cristalline possède un répertoire qui n’a pas de limite : histoires de fées et de démons, spectacles de soleils ou de nuits d’été, montagnes infranchissables ou plaines immenses, à vous de choisir suivant l’humeur du moment et d’enregistrer photographiquement les éphémères images. Pourtant je garde bien de l’émotion pour la vie silencieuse de l’objet, les natures mortes composées des humbles éléments de notre vie quotidienne et vivant la seule lumière des fenêtres. Arbres, mousses, objets immobiles ou matières cristallines, la démarche est semblable, le travelling sentimental, l’intention poétique, mais le regard identique.

Jean-Pierre Sudre 1986