Irving Penn
Dancer

La MEP

Irving Penn

À l'âge de 82 ans, le photographe américain Irving Penn collabore avec Alexandra Beller, danseuse de la troupe de Bill T. Jones, pour créer une vision tout à fait nouvelle du nu. "Dancer" est une exposition qui rassemble les images faites en quatre séances de pose, réparties sur prés de neuf mois.

L'exposition

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À l’âge de 82 ans, le photographe américain Irving Penn collabore avec Alexandra Beller, danseuse de la troupe de Bill T. Jones, pour créer une vision tout à fait nouvelle du nu. “Dancer” est une exposition qui rassemble les images faites en quatre séances de pose, réparties sur prés de neuf mois.

C’est l’administrateur du studio d’Irving Penn qui attira le premier l’attention du photographe sur Beller, qu’il avait vu sur scène avec sa troupe. Quoique les vingt-sept photographies de l’exposition fussent prises en quatre séance distinctes, elle se subdivisent en trois séries, autant par la méthode que par l’intensification dramatique. Pour les deux premières séances, Penn utilise la même approche. Les images sont plus traditionnelles, moins “aventurières” que celle des deux dernières séances, en partie parce que Penn et Beller apprennent tout juste à travailler ensemble. Dans ces photographies, que Penn considère comme étant plus proche du travail qu’il avait pu faire pour la presse, l’artiste souligne les volumes géométriques d’un corps court et fort autant que l’ondulation des lignes de sa silhouette. Ces poses ne sont pas très lointaines des portraits de célébrité de Penn; Beller y arque son dos dans des poses debout ou y plie sensuellement le corps dans des poses assises, comme pour nous renvoyer son hypnotique sens du “confort”.

Dans la troisième et la quatrième séance de pose, Penn change le décor, l’appareil, la toile de fond, la lumière, l’exposition et même les règles concernant les poses de Beller. Il passe d’un format 6×6 cm à un appareillage 20×25 cm. Les photographies sont prises en studio, et plus dans la pièce éclairée naturellement dont il se servait durant les deux premières séances. Là, Penn se sent libre d’utiliser stroboscopes et autres luminaires conventionnels de studio, sans se soucier de lumière naturelle. Beller devient plus confiante aussi, et les poses en résultant n’en sont que plus dramatiques.

[diaporama]

La toile de fond de la troisième rencontre est le même rideau de théâtre vieillot que Penn utilisait lors de ses portraits de Paris en 1949. Dans cet ensemble de photographies, la seule requête de Penn est qu’une partie du corps d’Alexandra Beller doit toujours toucher le rideau. Son poids la fait tomber en arrière, la projette en avant, pliant et dépliant le rideau selon des motifs variables, mettant en relief la puissance de ses jambes et de ses épaules. La dramaturgie de ses mouvements est intensifiée par l’impossibilité à distinguer son visage durant ce qui semble être une lutte contre une force invisible. Penn a choisi une lumière plus dure pour cette série, et en réglant son flash à un centième de seconde, il met en relief les mouvements de Beller, comme pour rappeler une frise architecturale.

Pour l’ultime séance, Penn, comme toile de fond, remplace le rideau par une peinture gris pâle. Il demande à Beller de toujours garder un pied au sol tout en bougeant. Réglant l’obturateur à trois secondes, les mouvements de la danseuse n’en sont que plus flottants sur le film. Le corps lourd et musculeux devient fluide, elle paraît vouloir s’envoler quand elle lance sa jambe en arrière ou qu’elle étire ses bras vers le ciel. Ce flottement donne aux mouvements de Beller une aura mystérieuse, comme Penn avait photographié secrètement un rituel ésotérique.

“Cette exposition repose sur la maîtrise d’Irving Penn et sur sa continuelle progression artistique, même à plus de 80ans. Penn rivalise avec lui-même pour créer quelque chose de nouveau et d’abouti. Notre musée est heureux d’être l’instance qui guidera le public vers cette œuvre.” (Peter C. Marzio, directeur du Museum of Fine Arts Houston.)

“Pour Penn, ce travail ne ressemble à aucun autre, ni de lui, ni d’un autre photographe. Bien qu’il maîtrise totalement la situation et qu’il dicte à Alexandra Beller les règles de ses déplacements, il a réussi à faire de son rôle de spectateur privilégié quelque chose de vraiment très spécial. Il a ajusté ses outils de travail à la situation, comme pour mieux la sonder.” (Anne Wilkes Tucker, responsable de l’exposition de Houston.)