Ymer et Malta

Julien DrachNéoréalisme, de Naples à Mogador


Des insomnies chargées de questions

Les enfants demandent toujours le même conte avant de s’endormir. Or il est d’autres contes qui réveillent. Il en va de même pour toute œuvre. Et plus que toute autre création, la photographie peut être soit apaisante, soit créatrice d’insomnie – donc de questions. Rangées parmi les œuvres « d’insomnies chargées de questions », les ponctions photographiques méditerranéennes de Julien Drach ne rassurent pas si l’on y pénètre vraiment. Elles se placent « au centre ». L’on ne se demande pas devant leur cadrage (ce qui est souvent le cas) : « qu’est-ce qu’elles cachent, qu’est-ce qu’il y a à côté ? », car c’est bien au centre des tensions que « l’objectif-subjectif » du photographe s’est placé. Pas d’autre instant que celui-là pour arracher au réel ce qui déjà n’est plus.

De retour de Naples et de Mogador, d’un même regard, Julien Drach donne à voir des compositions proches du cinéma réaliste italien : « J’aime arpenter ces villes, prendre leur pouls, saisir leur esprit. Elles m’ont inspiré ces instants immobiles dans un monde qui s’enfuit ». Et c’est bien parce que nous sommes douloureusement conscients du « jamais plus » qui pèse sur ces cultures méditerranéennes condamnées à se « moderniser », donc à disparaître, que l’on entre dans le silence des images non rassurantes de ce « photographe insomniaque », qui nous emmène hors des chemins convenus de la photographie contemporaine.

Serge Rezvani

Ymer et Malta

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