L’odyssée d’une icône
Trois photographies d'André Kertész

La MEP

L’odyssée d’une icône

L'exposition présente les tirages originaux de ces trois images - les icônes proprement dites -ainsi que des tirages postérieurs, des variantes et des agrandissements provenant des collections de l'Art Institute de Chicago, du Metropolitan Museum of Art de New York et du musée national d'Art moderne de Paris.

L'exposition

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En s’appuyant sur les archives d’André Kertész, données à l’Etat français en 1984, et conservées à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (ministère de la Culture), l’exposition cherche à explorer l’histoire du succès de trois images appartenant à la période parisienne de l’artiste : Chez Mondrian (1926), Etude d’une fourchette (1928) etDistorsion #6 (1933).

Durant cette période de l’entre-deux guerre, marquée par une grande effervescence artistique, la photographie envahit la presse illustrée et trouve parallèlement sa place au sein de l’art des avant-gardes. Nul mieux que le Hongrois André Kertész n’a su être à la fois présent sur les murs des musées et des galeries, et dans les pages des magazines. Ses photographies sont sans doute moins connues du public que celles de Doisneau, Ronis ou Cartier-Bresson mais plusieurs de ses images des années 1920-1930 font partie des icônes de la photographie du XXe siècle et les tirages de cette époque sont des objets de collection qui s’arrachent à prix d’or.

Kertész avait l’habitude de tout conserver ; ses publications évidemment mais aussi ses agendas, sa correspondance, les cartes de visite, les cartons d’invitation, jusqu’aux adresses qu’il pouvait noter sur un coin de nappe en papier. Aussi, les archives qu’il a données à la France en 1984, pour certaines inédites, constituent un outil précieux qui permet de reconstituer l’histoire de ces trois images. La première, Chez Mondrian (1926), qui représente l’entrée de l’atelier du peintre néerlandais, est certainement une des images les plus réputées de la photographie du XXe siècle. Elle a été exposée en France dès 1927 mais n’a été largement diffusée qu’à partir du milieu des années 1960. La deuxième image que nous avons retenue, la Fourchette (1928), a connu un succès immédiat, à la fois dans les expositions et dans les magazines. Elle a effectué un parcours complet puisqu’elle a même été utilisée comme publicité. La troisième image appartient à la série des Distorsions – des nus photographiés dans des miroirs déformants et réalisés à la demande de l’hebdomadaire Le Sourire. Parmi les douze première images publiées, Distorsion 6 (1933), a été d’emblée exposée et diffusée.

Ces trois photographies ont été réalisées avec des négatifs verre de format 9×12 cm. Bien que prises à la chambre, elles ont le même caractère spontané que celles prises avec un appareil de petit format, que le photographe adoptera par la suite – Kertész est reconnu comme un des pères de la photographie 24×36. À partir de ces négatifs verre, le maître hongrois a réalisé des tirages contacts et des agrandissements. Les premiers ont été le plus souvent réalisés lors de son séjour parisien. Ils sont rares et sont conservés plus particulièrement dans les musées américains (quelques-uns sont en mains privées). Les seconds existent en plus grand nombre et datent majoritairement des années 1970-1980.

L’histoire de ces trois images, mais aussi celle de leur réception dans les musées, les galeries, les revues d’art, la presse et le marché de l’art, est abordée dans l’exposition de façon chronologique. Le contexte de prise de vue est décrit au moyen des négatifs originaux qui sont exposés en regard des tirages contacts – les fameux vintages que possèdent des musées américains – et des variantes de chacune des images. Les premières reproductions dans les magazines témoignent des multiples cadrages possibles à partir d’un même négatif et évoquent parallèlement la réception de ces œuvres dans les milieux artistiques, amateurs ou professionnels. On pourra vérifier l’ampleur du succès de la Fourchette, en France mais surtout en Allemagne, au moyen des nombreuses publications présentées dans l’exposition. À l’opposée, Chez Mondrian a d’abord été peu reproduit alors que les Distorsions de nus dérangent les commentateurs de l’époque. Installé aux États-Unis en 1936, Kertész peine à faire reconnaître une œuvre qui est presque inexistante dans le milieu de l’art et de la photographie. Il lui faudra attendre le début des années 1960 pour qu’elle soit célébrée à travers des expositions et des portfolios. À partir de cette décennie, Chez Mondrian s’impose, la Fourchette est redécouverte par l’Allemagne et les Distorsions attendent toujours un éditeur. L’année 1972, on le verra, marque le départ de la reconnaissance artistique mondiale, portée par la publication du livre Soixante ans de photographie. Les expositions personnelles se multiplient, les revues et catalogues prolongent la diffusion des images, notamment celle des trois photographies parisiennes. Cette reconnaissance provoque la monté en flèche de la valeur marchande des tirages originaux.

L’exposition présente les tirages originaux de ces trois images – les icônes proprement dites -ainsi que des tirages postérieurs, des variantes et des agrandissements provenant des collections de l’Art Institute de Chicago, du Metropolitan Museum of Art de New York et du musée national d’Art moderne de Paris. Les négatifs originaux et l’essentiel des documents d’archives et imprimés proviennent de la donation Kertész conservée à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine (ministère de la Culture).

Commissaire : Anne de Mondenard, chargée de la photographie à la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine. Exposition réalisée en collaboration avec la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine à partir de la donation Kertész (ministère de la Culture), diffusion Jeu de Paume.