• © Luiz Mauro / Photo Paulo Rezende
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Maison Européenne de la Photographie

Luiz MauroDES PEINTURES COMME DES PHOTOGRAPHIES


La Maison Européenne de la Photographie accueille du 15 avril au 14 juin l’œuvre de Luiz Mauro, artiste contemporain brésilien, dont le travail, quelque part entre la photographie et la peinture, se distingue tant par son sujet que par sa technique. Sera à l’affiche sa série “Ateliers”, des reproductions de photos documentaires d’ateliers d’artistes majeurs, comme Renoir, Claude Monet, Mark Rothko, Georgia O’keeffe, Warhol, Georg Baselitz ou Roy Lichtenstein, sur lesquelles l’artiste, dans un jeu troublant avec l’ombre et la lumière, applique d’innombrables couches successives d’encre de chine, puis une dernière couche d’huile, pour dévoiler un nouveau regard, profond, plus intime et plus mystérieux de ces lieux de création.

« Luiz Mauro est l’un de ces rares artistes, que le hasard a fait naître à Goiania, une ville près de Brasilia. C’est une région de savane, avec des cascades, beaucoup de minéraux et ce sentiment étrange que la voûte du ciel est plus proche de nous.

Luiz Mauro est né là-bas, comme il aurait pu naître à Stockholm ou à Melbourne. Sa peinture ne s’enracine pas dans un territoire donné. C’est une peinture qui parle de l’acte solitaire de l’être-dans-le-monde. Une peinture qui, en dépit de son extraterritorialité, en dépit de son intemporalité, est une peinture d’une poignante contemporanéité.

Luiz Mauro est un homme discret, usant peu de mots. Son travail exprime sa personnalité. Une œuvre faite de couches, de superpositions – qui commence toujours avec l’encre de chine diluée sur un papier de coton épais, puis vient une autre couche, puis une autre, et une autre, pendant presque trente jours elles se déposent sur le papier, créant une surface quasi matière, dense, profonde, accentuée par une dernière couche d’encre à huile.

Luiz Mauro s’enracine en lui-même. C’est de là qu’il extrait ce qu’il perçoit des ateliers d’artistes. Il est vrai que son travail se base sur des photographies prises du monde. Mais c’est dans l’obscurité apparente des ambiances, dans la lumière détaillée qui émane de chaque objet, dans son travail qui semble être une photographie mais ne l’est pas, qui semble être une gravure mais ne l’est pas, que l’artiste s’autorise à exprimer son extrême virtuosité et son émotion dans l’espace de l’autre.

Le sentiment imprégné chez celui qui regarde l’œuvre est que ces peintures sur papier résonnent des paroles dites, des pinceaux tachés d’encre, des amours cachés – enfin, tout ce qui s’est passé et se passe encore dans ces ateliers d’artistes. Les images pulsent, non pas le passé, ses ombres, mais simplement l’image de l’artiste qui, temporairement, a quitté son atelier en laissant la lumière, pour aller prendre un café en face. »

Leonel Kaz
Commissaire d’exposition

 

 

Luiz Mauro :
entre l’ombre et la lumière

« L’“atelier”, voici le sujet de la série sur laquelle travaille, depuis trois ans, l’artiste brésilien Luiz Mauro. Ces travaux représentent les lieux de production d’œuvres d’art, des espaces généralement isolés, perçus comme des mondes singuliers où les artistes conçoivent et exécutent leurs créations. Ce n’est pas son propre atelier qu’il représente, mais ceux d’artistes majeurs de l’histoire de l’art moderne et contemporain, couvrant plus d’un siècle de documentation photographique d’ateliers d’artistes, initiée au XIXe siècle, durant l’Impressionnisme.

Le processus de travail de Luiz Mauro commence par la recherche, l’archivage et la sélection de photographies d’ateliers, publiées sur divers vecteurs de communication à large diffusion, tels que livres, magazines et internet. Ce sont, pour la plupart, des photos non signées, utilisées dans le circuit de l’art comme outils de promotion ou de fétichisation d’artistes, nourrissant la curiosité du public pour l’intimité de ces ateliers. Sont sélectionnées des photographies qui documentent ces espaces, rangés et vécus au quotidien par les artistes: des images qui révèlent les particularités architecturales, comme mezzanines, fenêtres et planchers, qui fixent les dispositions du mobilier et immortalisent la place d’objets personnels, quelques instruments de travail et des modèles disposé ici et là, qui enregistrent des œuvres en cours de réalisation, accumulées contre les murs ou rigoureusement exposées dans les ateliers, mais qui ne montrent par les artistes ou quelque autre personne. On y décèle seulement des indices, faisant référence à Auguste Renoir, Claude Monet, Mark Rothko, Georgia O’keeffe, Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Richard Serra, Van Dongen, Cy Twombly, Lucian Freud, Paula Rego, Georg Baselitz et Lygia Clark. Il en reste seulement des vestiges, filtrés par le regard de différents photographes.

Un autre critère de sélection par Luiz Mauro a trait au fort contraste et aux manifestations plastiques de la lumière entre le noir et le blanc. La photographie est l’image fixée par la lumière. Et c’est justement la lumière qui intéresse l’artiste lorsqu’il transpose les images photographiques sur un autre support, utilisant d’autres techniques et un langage différent, inclassable, entre le dessin et la peinture. N’ayant pas été, pour la plupart, reproduites à l’aide d’un projecteur (moyen utilisé par l’artiste seulement à partir de l’œuvre Ateliê de Baselitz, 2014), ces travaux portent des marques d’interprétation singulières sur les images dont l’artiste s’est inspiré: une théâtralité marquée par la perspective des encadrements, par le rythme des lignes qui définissent les espaces, par les bords obscurcis des plans, par l’opposition marquée entre l’obscurité et la lumière, qui donne un certain ton baroque aux œuvres, que l’on ne retrouve pas sur les photographies d’origine.

Sur chaque support, l’artiste applique rigoureusement d’innombrables et successives couches d’encre de natures assez diverses: d’abord, la liquidité de l’encre de chine qui structure le dessin et définit les zones d’ombre et de lumière, puis la densité de l’huile, qui sature le noir et marque le geste du peintre à l’achèvement de l’œuvre. Associées, elles créent des gammes de textures délicates, de vastes nuances de gris et de noir qui se densifient jusqu’à l’obscurité la plus complète. On a l’impression que c’est toujours la nuit, dûe à la gravité et à l’importance du noir dans ses travaux, qui soulignent d’autant plus le contrepoint de la lumière surgissant au milieu de l’obscurité – définissant l’espace – par diverses sources: filtrée par les vitrages et fenêtres, s’infiltrant par une porte ouverte ou émanant de sources artificielles non visibles. De même que pour les techniques d’encre de chine et d’aquarelle, la clarté est obtenue à travers la blancheur extrême du support, préservée dans des espaces distincts de la représentation.

Même si Luiz Mauro se sert d’une image reproduite à partir d’une photographie, le résultat de son travail ne se révèle, à la fin, en rien photographique. Les heurts des différents moyens et les procédures utilisées pour ses créations sont tous visibles. Il ne cherche pas la reproduction réaliste d’une photographie, mais son utilisation comme base pour l’accomplissement d’une œuvre qui, partant d’un enregistrement documentaire, atteint l’état poétique replet de mélancolie, qui affiche en soi sa méthode versatile, entre le dessin et la peinture, son existence autonome face à la photographie. Pénétrant dans les ténèbres à la recherche de la lumière, Luiz Mauro intériorise et subjectivise les images des ateliers à la recherche de l’énergie créative qui se manifeste dans ces lieux où, solitairement, les artistes inventent ou reformulent leurs représentations du monde. »

Divino Sobral, critique d’art
Septembre 2014

 

 

LUIZ MAURO

Luiz Mauro est né à Goiânia, en 1968, où il travaille depuis près de 30 ans comme artiste visuel et professeur de dessin à l’école d’Arts Visuels Secult de Goiás. Artiste contemporain autodidacte, Luiz Mauro a exposé essentiellement au Brésil, ayant reçu plusieurs prix : prix du Salon d’art contemporain du Centre-Ouest (2011); prix CELG d’arts visuels (2003); prix “Galeria Aberta” (galerie ouverte) de la 3e Biennale nationale du Musée d’art contemporain de Goiás ; prix Brasília d’arts plastiques du Musée d’Art de Brasilia (1990) et le prix de la Biennale Nationale du Musée d’Art Contemporain de Goiás (1988).

 

COMMISSAIRE D’EXPOSITION

Leonel Kaz

 

PUBLICATION

Un catalogue, publié par les éditions Filigrane, accompagne l’exposition

 

MÉCÉNAT DE COMPÉTENCE

Traduction des textes d’exposition réalisée grâce au mécénat de compétence de l’agence THOMAS-HERMÈS

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