• © Marc Trivier
  • Arbre, Folkestone, 1986 © Marc Trivier
  • © Marc Trivier
  • Nathalie Sarraute © Marc Trivier
  • Mahmoud Darwich / Sarajevo-Mostar, 2008 © Marc Trivier
  • sans titre © Marc Trivier
  • Sils-Maria, 1994 © Marc Trivier

Maison Européenne de la Photographie

Marc TrivierPhotographies 1980-2010


La Maison Européenne de la Photographie présente, du 9 février au 3 avril 2011, une rétrospective de l’oeuvre de Marc Trivier, des années 80 à nos jours. Une centaine de tirages retrace le parcours du photographe entre portraits et paysages. L’exposition est réalisée en collaboration avec le Musée de la photographie de Charleroi en Belgique.

« Que pourrait annoncer ou énoncer l’auteur que n’importe qui, spectateur ou lecteur, ne pourrait délirer ou déduire, avec autant sinon plus de pertinence ? Que saurais-je de plus à propos de mon propre travail que ce qu’un regard extérieur, curieux intéressé, critique, indiscret ou amusé, ne pourrait en penser et en dire?

Une seule chose : à moi seul revient de connaître les intentions qui ont donné l’impulsion au travail lui-même, si tant est que j’en aie eu conscience ou partiellement conscience, si tant est que je m’en souvienne, si tant est que j’aie voulu dire quelque chose.

Comme beaucoup, j’ai parlé et j’ai même écrit pour faire flotter des mots et donc du sens autour de ce qui m’occupait.

Quand je regarde le tirage du plus récent portrait que j’aie fait (Mahmoud Darwich), ce qu’aujourd’hui, je vois, c’est, comme condensée -et ici, très concrètement, dans un morceau de broderie, suspendu en guise de voilette devant une grande fenêtre, voilette à peine perceptible tant elle a été irradiée par le contrejour- une petite histoire, discrète, fragile, somme toute insignifiante : celle du rendu de la lumière dans les hautes densités.

Elle est là, récit muet inscrit dans les montants élimés d’une chaise, dans les traits irisés d’un visage, dans l’aplat grisâtre qui sourd d’une main isolée. Elle est là depuis le début, une lumière blanche sur fond très blanc, tantôt absorbée, ou tout au plus indiquée, en plans imperceptiblement disjoints, ou scintillante au milieu du gris, du sombre, de l’opaque, captée d’abord dans l’épaisseur de la gélatine du négatif, puis jouant de celle plus mince encore de la couche argentique des papiers barytés que j’utilisais. C’est une brève ritournelle, comme un air en dix notes que l’on pourrait siffler.

De trente-cinq ans de pratique photographique, d’obsessions, c’est peut-être ça qui reste: un mode d’enregistrement singulier de la brûlure de la lumière, décliné d’une image à l’autre, en une succession de propositions qui se ressemblent et pourtant chacune est aussi singulière que la fraction de temps auquel elle renvoie.

“La sensation passée tout entière dans le matériau.”
C’est donc dans la mesure ou mes intentions ne pouvaient qu’être absorbées ou niées par le matériau, par le travail dans le travail, effacées dans l’effectuation, que je sais moi, auteur, et que moi seul sais, si tant est que je ne sois pas baigné de contentement, le peu qu’il subsiste de ce qu’ont pu être mes attentes.

Je suis le seul à savoir ce que sont devenus ces rêves éveillés qui ont fait l’urgence de s’engager dans le travail, le seul à pouvoir mesurer comment ils se sont brisés, comment ils ne pouvaient que se briser parce que ce n’est qu’en tant que brisés qu’ils devenaient résistants.

Autrement dit, je ne pourrais si je devais parler de mon travail que m’exprimer à partir et à propos de l’expérience de dépossession qu’est le travail lui-même.»

Marc Trivier, 2009

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