Martha Rosler

La MEP

Martha Rosler

Son travail récent poursuit cette critique des mass-médias, de la guerre, de l'économie mondiale, et des armes nucléaires dans un monde occidental hégémonique. Sous la forme d'immenses installations, elle met en scène les stratégies visuelles du monde contemporain.

L'exposition

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Martha Rosler est née à Brooklyn, New York. Elle termine ses études au Brooklyn College en 1965 et obtient son diplôme des beaux-arts à l’University of California, San Diego en 1974. Elle commence sa carrière en tant que peintre. Longtemps considérée comme une artiste “underground”, elle reste une pionnière dans son usage pluriel des médias. Elle a, jusqu’à très récemment, refusé d’exposer son travail dans un musée ou dans une galerie commerciale, préférant un contact plus direct avec le public, à travers ses écrits dans les journaux, les revues, les tracts ou encore avec ses performances. Même si ces expositions avant cette date sont nombreuses, c’est seulement en 1993 qu’elle décide d’intégrer le monde de l’art plus institutionnel et commence dès lors par être représentée par des galeries privées : Anne de Villepoix à Paris (depuis 1997), Gorney Bravin + Lee à New York et Christian Nagel à Cologne.

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Sa série “Body Beautiful”, or “Beauty Knows No Pain” (1966-72) transforme les publicités en photomontages qui montre les femmes en tant qu’objets. Cette série anticipe, en effet, le mouvement féministe aux États-Unis. L’intégralité de la série “Bringing the War Home” (1967-72) présente des photomontages et des reportages de guerre insérés dans des images idylliques d’intérieurs de maisons américaines -des images de maisons bourgeoises tranquilles de la banlieue chic américaine, extraites de la revue House Beautiful– dont les fenêtres donnent sur des scènes de guerre terrifiantes.
Dans “The Bowery in Two Inadequate Descriptive Systems” (1974-75), photographies en noir et blanc, Rosler montre, sans misérabilisme, les détails architecturaux et les bouteilles d’alcool vides, vestiges d’un quartier pauvre de Manhattan.
Puis, continuant son analyse de la société contemporaine, elle étudie les espaces uniformes et anonymes, totalement contrôlés, comme par exemple les aéroports. Sa récente série “Transitions and Digressions” (1981-1997), explore les mêmes thèmes mais dans le métro, montrant des mannequins dans les vitrines ou des publicités qui présentent des images de femmes fragmentées.

Martha Rosler est également inscrite dans une recherche filmique, inspirée, souligne-t-elle, par certaines réalisations de Jean-Luc Godard. Avec sobriété et humour, elle interroge dans ses films vidéos, l’identité féminine en se mettant souvent en scène elle-même. Ainsi, dans ” Semiotics of the Kitchen ” (1975), l’artiste s’installe devant des ustensiles de cuisine et les décrit avec maints détails, parodiant les émissions télévisées culinaires et révèlant les profondes frustrations des femmes prisonnières de leur espace domestique.

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“Vital Statistics of a Citizen, Simply Obtained” (1977) dévoile le corps nu de l’artiste en train de subir un examen médical. Mesurée et examinée par deux hommes en vestes blanches, pendant que d’autres femmes attendent silencieusement, elle est intégrée dans un lieu aseptisé qui devient la métaphore des canons rigides du positionnement social. Dans “Martha Rosler Reads Vogue: Wishing Dreaming, Winning, Spending”.(1982) elle filme une performance réalisée en public dans laquelle elle lit et déconstruit les messages du magazine Vogue et de ses publicités.

Son travail récent poursuit cette critique des mass-médias, de la guerre, de l’économie mondiale, et des armes nucléaires dans un monde occidental hégémonique. Sous la forme d’immenses installations, elle met en scène les stratégies visuelles du monde contemporain.

Engagée, l’œuvre de Martha Rosler s’inscrit de façon essentielle dans l’histoire de l’art contemporain et la création visuelle d’aujourd’hui. Son exposition à la Maison Européenne de la Photographie est la première de cette envergure à Paris. Seront réunis ses travaux photographiques et notamment les séries de photomontage “Body Beautiful” et “Bringing the War Home” ainsi que ses vidéos présentant, avec acidité, cette image de la femme qui tente d’échapper à son statut d’objet.

Cette exposition est organisée en collaboration avec la galerie Anne de Villepoix, Paris et réalisée par Elvan Zabunyan, déléguée artistique du Mois de la Photo pour le thème “Femmes d’images”.