Maison Européenne de la Photographie

Miguel Rio BrancoPlaisir de la douleur


Pour définir son travail, on parle beaucoup de la couleur, on a même parfois employé le terme de "coloriste". Rio Branco dit que la couleur c'est la matière, et que son utilisation est très liée à la terre, à la peau. Il y a sûrement là une relation très brésilienne au métissage, à ces gammes de peaux qui se déclinent du clair au noir. C'est aussi sur la peau que se trouvent les cicatrices, les marques du temps...

Dans le cadre de « Brésil, Brésils », l’année du Brésil en France

Peintre, photographe, cinéaste, figure de proue de la création contemporaine au Brésil, Miguel Rio Branco est un artiste aux multiples talents. Après une exposition aux Rencontres d’Arles, il expose pour la première fois à Paris, outre ses œuvres photographiques, des peintures et des dessins – un aspect méconnu de sa démarche. Pourtant, c’est une activité que Rio Branco a toujours pratiquée, parallèlement à la photographie, ce qui nous permet de découvrir le noyau de son travail, et donne une idée de ce qui structure sa création depuis le début. Place est faite, également, aux installations, qui, aux côtés des œuvres picturales et photographiques sont pour l’artiste une manière de créer un « discours », d’où l’intérêt de ce parcours, pour « montrer comment ça fonctionne ». Rio Branco a conçu cet accrochage comme un environnement dans lequel le visiteur doit littéralement s’immerger.

Rio Branco nous fait ainsi découvrir des peintures réalisées durant son séjour à New York au milieu des années soixante. Il s’agit d’huiles qui utilisent la technique du collage. C’est à cette époque qu’il commence à expérimenter la photographie. Depuis lors, on peut constater les correspondances évidentes entre le travail pictural et photographique. On a souvent l’impression que la photo surgit du tableau et inversement. Pour Rio Branco, ce va-et-vient entre peinture et photo n’est pas calculé, il se place au niveau de l’inconscient.

Pour définir son travail, on parle beaucoup de la couleur, on a même parfois employé le terme de « coloriste ». Rio Branco dit que la couleur c’est la matière, et que son utilisation est très liée à la terre, à la peau. Il y a sûrement là une relation très brésilienne au métissage, à ces gammes de peaux qui se déclinent du clair au noir. C’est aussi sur la peau que se trouvent les cicatrices, les marques du temps…

Dans l’œuvre de Rio Branco, on découvre également des structures mentales et visuelles étroitement imbriquées : plaisir/douleur, sensualité/violence, vie/mort, comme un retour aux forces primitives. Cela prend forme par un télescopage permanent, quasi baroque de matières: des tulles transparents avec des photos cousues main, presque de la broderie, et puis à côté, des pare-brises de voitures criblés de balles, des tôles tordues, déchiquetées… On peut voir dans ce mélange quasi paroxystique une influence certaine de la culture latino-américaine, et brésilienne en particulier. Rio Branco pense que le Brésil peut offrir aussi un supplément d’humanité et qu’il y règne une forme de générosité que l’on retrouve dans son œuvre. À savoir, une profusion d’images, d’informations, une richesse qui inclut la douleur et le plaisir à la fois.

Exposition réalisée avec la participation de l’AFAA et de GabineteCultura. 

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