Stéphanie Solinas
Déserteurs

Stéphanie Solinas

Sans fermer les yeux

L'exposition

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Déserteurs (reproduction Stéphanie Solinas), Déserteurs , 2008-2013 ©Solinas, 2013

Déserteurs est un projet réalisé au cimetière du Père Lachaise à Paris. Il fait écho aux œuvres de trois hommes illustres reposant en ce lieu : Valentin Haüy (1745-1822), premier instituteur des aveugles, Nadar (1820-1910), fameux photographe portraitiste, et Alphonse Bertillon (1853-1914), inventeur du signalement anthropométrique. Déserteurs répertorie les reliquats des portraits photographiques de défunts qui ornaient les tombes du cimetière et que le temps a détruit. Parcourant les 70000 sépultures du Père-Lachaise, l’artiste a identifié et photographié 379 « disparitions». Prolongeant le questionnement sur les lieux où la mémoire « adhère », Stéphanie Solinas déploie son projet en 2 temps et  2 espaces : Déserteurs (Il faut dormir comme un lion) à la Société Française de Photographie, puis Déserteurs (Sans fermer les yeux) à l’église Saint-Eustache.

” Les pratiques et les usages de la photographie constituent le matériau même du travail de Stéphanie Solinas. Plutôt que de « prendre » des photographies au sens propre du terme, elle s’intéresse à la poétique mais aussi aux aspects critiques de la présence de la photographie dans notre culture. La question de l’identité est prégnante dans son œuvre comme lorsque l’artiste interroge l’anthropologie physique (Dominique Lambert), la photographie judiciaire avec Sans titre (M. Bertillon)ou bien encore les déterminations de genre (Blondes). Avec Déserteurs, ce sont les photographies mortuaires tirées sur céramique et ornant les tombes du célèbre cimetière du Père-Lachaise qui l’ont intéressée. Parfois dégradées ou disparues, ces dernières images des vivants au royaume des défunts laissent toutefois sur la pierre la trace de leur présence. Véritable empreinte fantôme, ces fossiles photographiques sont définis par leur géolocalisation (par une inscription en braille dans la matière de l’image) et forment ainsi une manière de dernière demeure de l’image comme du corps. Ainsi, 379 épreuves ont été empilées et sont surmontées du moulage de deux mains jointes rappelant les monuments funéraires.”

Michel Poivert

 

Commissariat : Valérie Fougeirol