William Klein
New York 1954-1955

La MEP

William Klein

La Maison Européenne de la Photographie présente près de 200 photographies mises en espace par l'auteur lui-même. Une salle importante est consacrée aux tirages d'époque de la première édition du livre.

L'exposition

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On parle aujourd’hui des “artistes qui se servent de la photographie”, Le NEW YORK de William Klein, paru il y a 40 ans en est l’un des exemples les plus éclatants. On y voit comment ce jeune peintre abstrait de 26 ans s’est emparé de la photographie du réel et en a changé presque toutes les données. Décadrages, contraste exacerbé, grain,refus de l'”objectivité” de rigueur à l’époque, violence, humour noir, satire, prises de positions politiques…

Pour la première fois, écrit Alain Jouffroy, des photographies ont devancé l’évolution des arts plastiques. Klein a cerné, en effet, tous les thèmes traités par la suite dans la perspective du Pop Art, du Nouveau Réalisme et de la Nouvelle Figuration.

Peintre, photographe, cinéaste, graphiste, Américain à Paris ? William Klein échappe aux étiquettes, aux catégories, aux mouvements.

Né à New York en 1928, Klein a grandi dans les “Mean Streets” de Manhattan. Il passe deux années dans l’armée US d’occupation (dont une à la Sorbonne, invité par le gouvernement français !) Il s’installe à Paris pour devenir peintre et, travaille brièvement avec Fernand Léger. Ensuite, à Milan, il réalise une série de peintures murales pour des architectes italiens, assimilant en chemin l’évolution des arts plastiques de Masaccio au Bauhaus.

En 1954, après six ans de recherches picturales, il retourne à New York et s’embarque dans une guérilla compliquée d’amour-haine avec sa ville natale. Moitié étranger distancié, moitié indigène révolté, il créé un journal photographique décapant.

Il explore et catalogue comme ne l’avait jamais fait aucun photographe avant lui la métropole de l’absurde : foule abrutie, défilés débiles, violence normalisée, folle accumulation de débris urbains, murs couverts de messages Dada. Il rejette le tabou de non-intervention et change le rapport entre photographe et sujet, jongle avec la photographie d’amateur, le reportage et la photo posée. Il emploie du film ultra-rapide, le grand angle, des cadrages et méthodes de tirages inhabituels, arrive à libérer l’appareil 35 mm tout en transformant accident, déformation, abstraction, en un nouveau langage visuel.

Le New York d’alors n’est pas, bien sûr, celui d’aujourd’hui. Mais il est étonnant de constater combien la folie de 1995 était déjà évidente dans l’oeuvre prémonitoire de William Klein et quelle a été depuis son influence sur la photographie.

On découvre aussi combien notre réalité est devenue celle de ces images brutales et crues comme si le photographe nous avait définitivement imposé sa propre vision. Le livre qu’il met en page lui-même, déroge aussi aux habitudes de l’édition photographique par sa conception autant que par son contenu. New York reçoit le Prix Nadar en 1957 en France. Il est considéré comme un des ouvrages les plus importants de l’histoire de la photographie, devient un livre culte, mais ne sera jamais publié aux États Unis. Curieusement, à mesure que la réputation internationale de Klein grandit, il devient une figure de l’underground, là même où il a puisé son inspiration.

Aux cours des années suivantes, Klein publie trois nouveaux livres de conception débridée et cinématographique: Rome (1958), Moscou (1961), Tokyo (1962). De 1955 à 1965, il travaille par intermittence pour le magazine Vogue, créant des images d’un nouveau genre, insolites et graphiques. En 1958, Klein tourne Broadway by light, sans doute le premier film pop et, dans les années soixante, abandonne la photographie pour le cinéma.

Parmi ses films: des sagas de Supermen Noirs : Muhammad Ali the greatest (1964-74), et The little Richard story (1960); des documentaires politiques : Loin du Vietnam (1967), Le festival panafricain (1969), Grands soirs et petits matins (1968-70); des longs-métrages de fictions : Qui êtes-vous Polly Maggoo, (Prix Jean Vigo 1967), Mr Freedom (1968), Le couple témoin (1976), etc. fables corrosives sur les mythes idéologiques de notre époque.

Dans les années 80, il renoue avec la photographie, expose dans le monde entier et publie Close Up (1989), Torino 90 (1990), Mode in & out (1994), et de nombreux catalogues et monographies. Il reçoit le Prix International Hasselblad, le Guggenheim Award aux USA, le Grand Prix National en France, le Kultur Preis et le Prix Agfa-Erfut en Allemagne.

Alors que, dès 1963, la Photokina de Cologne l’a placé parmi les trente plus grands photographes de l’histoire, les États-Unis, après un purgatoire long de 40 ans, saluent enfin l’importance de son apport: le San Francisco Museum of Modern Art, pour l’inauguration de ses nouveaux bâtiments, a organisé pour la première fois en Amérique, une vaste exposition des ses photographies de New York.

La Maison Européenne de la Photographie présente près de 200 photographies mises en espace par l’auteur lui-même. Une salle importante est consacrée aux tirages d’époque de la première édition du livre.

Tirages de très grandes tailles, vintages, contacts, recherches graphiques pour la mise en page, innovations typographiques donnent pour la première fois une idée claire du travail révolutionnaire de Klein.

New York 1954-1955 totalement remis en page et enrichi de cent pages supplémentaires et d’une cinquantaine d’images inédites vient de sortir aux éditions Marval… et enfin en Amérique. Une édition en couverture souple spécialement conçue pour la Maison Européenne de la Photographie sera le catalogue de l’exposition.